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CHAPITRE III

L'ONCLE AMY-FRÉDÉRÏC

Comme René crochait la chaîne autour de la futaille vide sur le char, après que le vin eut été mesuré à ***, il fut salué par un garçon de son âge, qui l'aborda très amicalement. C'était un sous-officier , avec lequel il avait été à l'école militaire.

— Que dit-on de bon, ami Lorand ? fit le compagnon, grand et brun, tandis que René était blond et de taille moyenne. Tu as amené du vin ?

— Oui; ça va bien : et toi, Villioud?

— Moi aussi ; mais je n'ai pu avoir encore ces monstres de tonneliers, et je rôde par là, en attendant que le tour de ma fuste vienne — Tu as un bien joli cheval; est-il à toi?

— Non ; il appartient à M"« Pasche, de Croset.

— Elle te le prête pour amener ton vin ? C'est, ma

foi, une jolie bête, dit-il encore, examinant de plus près ranimai. Qui est cette dame Pasche ?

Des questions pareilles n'étaient pas agréables pour celui à qui elles s'adressaient ; aussi René ne se pressa-, t-il pas de répondre. Quand il eut mis son char en ordre, il dit simplement :

— M"« Pasche est veuve; je travaille chez elle et je suis son homme de confiance.

— Ah! très bien. Ce doit*" être une bonne place. Crois-tu qu'elle vendrait son cheval? Pour un prix, je l'achèterais volontiers. Le second des nôtres est du même poil. Celui-ci a quel âge?

— Six ans. Je pense qu'on ne le céderait qu'à un grand prix.

— Sais-tu combien ?

— Non, mais j'en parlerai, si tu veux, et je pourrai t'écrire.

— Merci; ce sera encore mieux quej'aille en parler moi-même. Va-t-on boire une bouteille?

— Tout de même. J'attends un peu mon oncle aujourd'hui ; dans une demi-heure, j'irai voir à la gare s'il est arrivé. Nous avons donc le temps de prendre un verre. Mais je veux d'abord attacher Coco ici près,

et lui mettre une couverture sur les reins.

Cela fait, et chacun le fouet à la main, les deux garçons entrèrent dans un café voisin.

Une demi-heure est vite passée au cabaret, pour peu qu'on boive et qu'on cause. René tira sa montre et dit :

— Voici le moment du train. Il faut me dépêcher. Adieu, Villioud ; je te laisse payer.

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