‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 142 sur 177 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

que ce qu'il mérite, et cette polissonne de Jenny est seulement trop bien partagée. Elle aurait pu être laissée là avec son enfant, quand il viendra. Je ne sais trop comment il faudra m'y prendre avec M. Amy Lorand, s'il m'en parle toutefois: car, certes, ce n'est pas moi qui lui en dirai le moindre mot la première! Quelle heure est-ce qui sonne au village? as-tu compté les coups ?

— C'est neuf heures.

— Il me faut donc aller préparer le dîner du pauvre oncle. Ah I c'est lui qui en a, des chagrins! Cette sottelà, fit- elle encore avant de partir, on ne se douterait pas de son état. Avec ces abominables crinolines, on ne sait jamais à qui l'on a affaire.

— Tout également, reprit Joaquint, je l'ai trouvée différente de ce qu'elle était vers la fin de l'année, lorsque

— Ahl tu m'ennuies avec ta rime, qui n'a jamais de fin, finalement.

La brave Souky Meroud, sur le chapitre de la longueur des causeries, était une de ces personnes qui distinguent le fétu dans l'œil du prochain, mais ne voient pas une poutre dans le leur.

A peine arrivée chez Amy Lorand, elle demanda ce qu'il voulait pour son dîner.

— Ce que vous voudrez en fait de légume, dit-il, je n'ai pas grand'faim.

— Pardi! c'est assez naturel que l'appétit s'en aille. Quand on a des chagrins comme les vôtres, on n'est plus guère en train de manger. Vous devriez avoir,

SiOO TROISIÈME PARTIE.

monsieur Amy, une bouteille de vin amer, pour en prendre une cuillerée avant le repas ; ça fortifie Testomac. Le docteur en a ordonné à Joaquint, qui ne s'en trouve pas si mal. Je vous mettrai des pommes de terre au plat , pilées, avec des œu& et ce reste de crêmOy si vous voulez? C'est léger, surtout si ça gonfle bien avec des braises dessus. Tout également, la crème serait aigrie ce soir.

— Comme vous voudrez, dit Amy.

— Tout également, reprit la causeuse, sans songer qu'elle employait deux fois de suite la locution favorite de son mari, votre neveu, monsieur Amy, nous a fait là une chose terrible. Je veux bien que la tentation ait été grande pour lui, à son âge, et avec cette Jenny si jolie et si gracieuse. Dans tout cela, je blâme encore plus la mère que les jeunes gens. C'est la mère qu'il faudrait punir, ne trouvez-vous pas?

— Je ne veux punir personne, Souky. Dieu se charge de ce soin, qui appartient à lui seul. Quant à mon neveu, il répare sa faute dans la mesure possible.

— Je ne dis rien contre lui, non, rien, pas un mot. Il se conduit aujourd'hui en honnête homme, en brave garçon qui a eu le malheur de commettre une grosse faute; il ne fait pas comme ce gredin d'artiste ^avec Marthe Peney. Celui-là , si on le pend jamais sur la place publique, ce n'est pas moi qui couperai la corde pour lui sauver la vie, je vous en réponds; je le tirerais bien plutôt par un pied, afin que ce soit plus vite fait. Jenny, d'ailleurs, peut devenir une brave femme, qui vous fera plaisir plus tard.

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