CHAPITRE XXIV
— Je Tespère aussi.
— Nous faisons donc ce plat de pommes de lerre : je vais les préparer.
Souky ne voulait pas ouvrir la bouche sur le sujet des fiancés ; on voit comme elle en était capable.
Au milieu de la semaine, M. Edgar Alpaca revint chez M"» Pasche, cette fois-ci avec sa mère, ainsi qu'il l'avait annoncé. M"* veuve Alpaca avait été modiste d'abord , puis marchande de soieries. Sa fortune était ronde, bien placée. Elle n'avait que ce fils, myope et notaire. Ils apportaient les deux mille francs remboursés à Rosette. Par la même occasion, M">* Alpaca apportait aussi une demande en mariage. Son fils désirait s'établir complètement; sa clientèle se formait, s'augmentait peu à peu. Depuis une année, il gagnait le nécessaire pour vivre et pour élever une famille : même il gagnait mieux que cela. M^'* Rosette Paschelui plaisait par la solidité de son caractère et ses agréments extérieurs. Il s'était déjà foncièrement attaché à elle, pour le peu qu'il la connaissait. M>i« Pasche ne pouvait pas, pour toutes sortes de raisons, rester à la campagne ; elle était faite^ soit par sa figure, soit par ses goûts, sa position et son éducation, pour habiter la ville, dans un costume qui lui siérait tellement bien, qu'on ne la reconnaîtrait plus à Croset, quand elle y viendrait en séjour dans la belle saison. M»*« Alpaca dit tout cela et assez d'autres choses, bien faites pour tenter une jeune personne aux goûts vaniteux et puérils ; mais Rosette ne se laissa point influencer par desarguments de cette nature. Elle remercia M«>« Alpaca de tant de bonté à
son égardy et dit qu'elle était bien décidée à rester au village, dans la simplicité où elle avait été élevée ; qu'elle ne se sentait point faite pour devenir une dame, et que, d'ailleurs, elle ne pensait pas à se marier maintenant.
— Vous avez tort, ma chère demoiselle, et, permettez-moi d'ajouter, foncièrement tort. Dans votre contrat, j'aurais mis une ligne d'une certaine importance, et mon fils peut faire un brillant chemin. Je vous prie d'y réfléchir encore, puis de nous donner une bonne réponse, dans quelques jours. Vous connaissez notre appartement ; vous savez que la maison m^appartient, rue Bergerette , N® 14; je ferais toutes les réparations que vous pourriez désirer. Venez donc voir avec M"*« votre mère , un de ces premiers jours, mes roses remontantes ; j'en ai qui, comme vous, sont d'une ravissante fraîcheur. La maréchale Patrick , le grand-duc Melchior, le prince Wladimir, et surtout le Géant des batailles , sont des .roses de premier ordre. Elles ont le brillant et le velouté de la soie. En été , mon jardin est vraiment délicieux ; en hiver , nous avons le soleil sur la vérandah. Je vous engage foncièrement, mesdames , à vous reposer chez moi, la première lois que vous viendrez en ville.
Pendant que M"»» Alpaca traitait l'affaire dont elle s'était chargée auprès de Rosette , son fils instrumentait un acte notarial chez les JuUiard. Lorsqu'il fut de retour , sa mère lui dit que W^^ Rosette voulait réfléchir encore pendant huit ou quinze jours avant de prendre une décision.