‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 144 sur 177 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

— Mais non, madame, s'empressa de répondre celleci ; je n'ai pas demandé à réfléchir. Je vous ai fait la seule réponse que je puisse donner. Dans huit ou quinze jours ,1 cette réponse serait exactement la même. Je ne me sens point faite pour vivre à la ville; monsieur votre fils me fait beaucoup d'honneur , mais je ne puis accepter votre proposition.

— N'en parlons donc plus pour] aujourd'hui , ma chère enfant ; mais promettez-moi de venir donner un coup d'œil ^ mes rosiers.

— Nous irons avec plaisir vous rendre votre visite, et voir aussi les roses , dit M*"* Pasche. Je suis même capable de vous en demander une greffe ou deux.

— Â discrétion, chère madame, à discrétion. Vous couperez où vous voudrez. C'est donc entendu : vous viendrez.

Puis, regardant la jeune personne et arrangeant une des fleurs amaranthes de son chapeau avant de le remettre[:

— Tort , ma chère enfant , dit-elle , foncièrement tort ; mais ce n'est pas votre dernier mot , j'en veux garder le bon espoir.

Cette visite des Alpaca mère et fils, en voiture découverte, eut du retentissement à Croset. On en inféra justement le contraire de la[réalité ; et comme Charles Mâubert en ouït parler à plusieurs personnes, notamment à Souky Meroud , il fut dans une grande affliction. Seulement alors il comprit qu'il aimait Rosette au point de ne pouvoir supporter l'idée de lavoir épouser un autre. Et pourtant, il ne s'était point dit qu'il pour-

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rait, lui, l'épouser. L'aimer, oh oui I La demander en mariage? Non. Comment avoir une telle audace ! Entre sa petite position, ses deux vaches attelées à un gringalet de char , et la situation offerte par M°*® Alpaca, Rosette ne pouvait hésiter. C'était impossible. René s'était rendu malheureux par un amour coupable et charnel ; lui, Charles Maubert, allait le devenir, l'était déjà par l'amour innocent et pur auquel il avait cédé. Aussi ne relourna-t-il point chez M^ Pasche , et se promit-il de ne pas chercher à revoir Rosette.

Le dimanche suivant, il alla au culte. On publia d'abord les bans de mariage de René et de Jenny. Plus d'un sourire put être remarqué dans l'assemblée, comme si des pensées frivoles devaient être cultivées dans un lieu pareil. A quoi servent ces publications en chaire? N'y a-t-il pas des murs pour les placarder, des piliers publics pour les afficher, des journaux pour les imprimer? Quand donc les législateurs cesserontils de prendre les ministres de Jésus-Christ pour des officiers de l'état civil ? Les notaires, à leur tour, ne pourraient-ils pas prêcher à la place des pasteurs? L'anomalie ne serait pas plus complète.

Les annonces de Léon Villioud et de Cornélie Belot firent une heureuse diversion.

«Voilà au moins des époux convenables, pensa plus d'un auditeur ; il n'ont pas, comme les deux premiers, fait gémir leurs parents et causé du scandale. »

Charles revint seul à Croset. Ni les Pasche, ni Âmy Lorand n'étaient allés à l'église» et bien moins encore les Gottrau et les Belot qui n'y venaient presque ja-

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