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CHAPITRE XXV

Toutefois, un point noir existait encore dans sa vie ; elle allait bientôt essayer de l'effacer.

La maîtresse de Jenny répondit à la mère Gottrau de lui envoyer sa seconde fille aussitôt après Pentecôte, ce qui eut lieu dans les premiers jours de juin. Jenny revint alors à Groset, où elle s*occupa du léger trousseau acheté avec l'argent prêté par Amy Lorand. Désireuse de faire oublier sa faute autant que pos^ble, par une bonne conduite, elle sortit très peu de la maison et se tint sur une rései*ve modeste avec ses anciennes amies. Mais elle pria son oncle futur de lui permettre d'aller le voir de temps en temps et de lui rendre quelques services dans son ménage. Amy accepta, dans une mesure assez restreinte.

— Une fois mariée, lui dit-il, si vous en avez le temps et que je sois encore ici , vous pourrez peutêtre remplacer Souky Meroud, qui vieillit beaucoup et cause toujours davantage. Nous en parlerons avec René.

— Je serais bien heureuse si je pouvais vous être un peu utile, monsieur Lorand. Par exemple, si dès à présent vous avez des bas à raccommoder, du linge à coudre, à savonner, enfin, quoi que ce soit à faire dont je sois capable?

— Merci, mon enfant. Oui, peut-être des bas et des chemises. Je vous montrerai cela un autre jour. Puisque je vous ai acceptée pour ma nièce , ne m'appelez plus « monsieur, i» Dites-moi (c mon oncle. }» Mais surtout si vous voulez pouvoir être heureuse avec René, heureux tous les deux, donnez votre cœur à Dieu sin-

cèrement et glorifiez-le par une conduite nouvelle, aussi pure que l'ancienne a été contraire à ses commandements.

— Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour cela, mon oncle; je sens que vous nous aimez véritablement, et j'en suis bien reconnaissante.

Cette Jenny, disait Souky à son mari en rentrant un jour chez elle , est finalement gentille. Sans doute , c'est un grand malheur qu'elle ait écouté les propos de René ; mais, à son âge, comment ne pas tomber dans le piège, quand personne ne vous avertit du danger ! Sa mère est une crouye femme. Elle va disant partout que M. Amy ne changera rien à son testament, quand môme la chose a pris cette tournure. Si René voulait épouser Jenny , pourquoi ne l'a-t-il pas fait honnêtement, comme, par exemple, ce Villioud qui marie l'impératrice àBelot? Ça n'aurait-il pas eu meilleure façon? Pancrace Belot, quand môme il est un peu arabe, va faire une superbe noce à sa fille, tandis que la pauvre Jenny devra se présenter sans couronne à l'église. Elle n'aurait pourtant pas le front d'en mettre une, car chacun sait bien où elle en est. Charles Maubert sera l'ami de noce de René ; Jenny aura sa sœur Méry, qui reviendra de Genève pour le jour fixé. Sa mère dit qu'elle est en âge d'être amie de noce, puisqu'elle a communié. Tant mieux pour elle ! Mais je m'étonne bien qui Charles épousera. C'est impossible qu'il vive longtemps avec cette Manon sans devenir muet. Ah ! quelle punition d'avoir toujours devant soi une personne qui ne dit jamais que oui ou non.

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