CHAPITRE XXVU
Les deux dépatés allèrent rendre compte de leur misâon. Tout bien réfléchi, ces jeunes gens décidèrent qu'il ne fidlait pas faire un charivari àRenéetà Jenny, car cela pourrait être désagréable à la famille de Cornélie , et aussi à Villioud , dont le mariage aurait lieu à la même époque. Mais ils voulurent essayer d'une autre tactique pour arriver à leura fins.
Dès que René fut reparti de Groset , la même députation se rendit, le soir, chez les Gottrau.
— Bonjour! dit l'un des garçons; nous venons voir si Jénny veut qu'on tire les boites pour elle, en même temps que pour Gornélie.
— Si ça peut vous faire plaisir ^ répondit la mère Gottrau, on ne veut pas vous en empêcher. Mais René nous a dit qu'il lui était impossible de vous donner de l'argent.
— Peut-être que son oncle ne refuserait pas de payer la poudre ?
— Il vous faut aller voir. -
— Venez avec nous, mère Gottrau; il vous écoutera mieux que personne.
— Je veux bien, dit-elle.
Et à l'instant elle les suivit chez Amy Lorand.
-- Nous venons vous féliciter à l'occasion du mariage de votre neveu, dit l'orateur , et vous demander si vous nous permettez de lui rendre Us honneurs devant chez vous.
— Oui, continua la mère Gottrau, ces jeunes gens sont aussi venus nous en faire la proposition ; mais je leur ai dit que René doit employer son argent d'une
autre manière. C'est alors que ces messieurs ont eu ridée de venir chez vous.
— Je vous remercie de la peine que vous avez prise, ditAmyLorand. Pour moi Je n'ai aucun honneur krecevoir; et puisque mon neveu refuse, tout est dit. Cependant, permettez-moi de vous faire observer une chose : cette coutume de brûler de La poudre à l'occasion d'un mariage devrait être complètement abandonnée dans un pays tel que le nôtre, et môme en tout pays, car elle est absurde. Elle ne subsiste chez nous, du reste, que dans les villages , et pas même dans tous. Dans les villes, il n'en est pas question ; mal reçus seraient les jeunes gens qui voudraient l'imposer à n'importe quels époux. Un peuple libre , qui a le bonheur de jouir d'institutions démocratiques , doit donner l'exemple d'une vraie dignité républicaine. Pour n^oi, si je m'étais marié, je n'aurs^s point consenti à entretenir une coutume pareille^ qui n'a rien d'élevé dans son principe et rien de bon dans ses résultats. Le conseil que je prends la liberté de vous donner est donc d'y renoncer. Vous vous en trouverez tous mieux, et quand on le saura, cela fera honneur à notre village. Maintenant, si vous voulez accepter un verre de vin, je vous l'offrirai avec plaisir.
La députation prit le verre et s'en retourna comme elle était venue. A Croset, les garçons ont si bien profité du conseil d'Amy Lorand, que, dès lors, ils n'ont pas manqué une seule fois d'aller faire la même demande à chaque nouvel époux ou à ses parents. C'est que nous sommes un peuple essentiellement ami du