‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 158 sur 177 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

— Vous portez ces deux arrosoirs à lafois? dit Amy; c'est trop pesant pour vous, madame Pasche.

— Oh! que non, répondit la veuve; j'en ai l'habitude, et c'est plus vite fait.

— Qu'arrosez-vous maintenant?

— Un peu toutes les plantes ; cela leur fait du bien. Nous avons des œillets qui commencent à fleurir , et des fraises de tous les mois. Vous savez que les fraisiers aiment beaucoup l'eau qu'on leur donne, surtout quand la terre est déjà réchauffée par le soleil. Montez à la maison y monsieur Amy ; vous trouverez Rosette à la cuisine ; je vous rejoindrai dans un moment.

— Laissez-moi au moins vous débarrasser de ces deux arrosoirs.

Ayant dit cela, il les prit aux bras de la veuve et les porta^ d'un pas alerte , à côté d'un superbe carré de fraisiers sans âl, couverts de fleurs et de fruits envoie de'mûrir. Le jardin était bien tenu , propre d'un bout à l'autre. Les deux femmes y mettaient leurs soins , n'ayant pas d'autres terres à cultiver, excepté le verger dont la récolte de foin était faite depuis quelque temps. Elles aimaient les fleurs et en possédaient même d'assez rares, qu'elles avaient su acclimater. Les boutures, les marcottes réussissaient à Rosette aussi bien qu'à un habile jardinier. Elle était même parvenue à obtenir des rosiers de franc pied, uniquement au moyen de branches taillées au printemps et plantées dans un mélange de sable Bt de fumier. Le jasmin blanc tapissait de ses rameaux verts et de ses étoiles odorantes un pavillon placé à l'angle d'un mur. Dans une autre

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encoignure , des chèvrefeuilles formaieut un berceau sous les voûtes duquel un banc rustique invitait à s'asseoir. En se mettant près l'un de Tautre, on pouvait y être deux. De vigoureux rosiers à sève remontante, espacés avec goût entre les arbres fruitiers, montraient avec orgueil leur tète fleurie à hauteur de la main, ou des buissons formant à eux seuls de vastes bouquets. Ceux de U^ Âlpaca, si vantés par elle, n'avaient rien de plus remarquable.

A cette heure encore matinale , on respirait un air délicieux au milieu de toutes ces fleurs. M:^ Pasche fit le tour du jardin avec Âmy , oubliant de retourner à la fontaine , et lui se souvenant bien que Rosette l'attendait , mais jouissant d'un moment heureux qui lui rappelait sa jeunesse envolée.

La veuve ne monta pas avec lui à la maison ; elle reprit les arrosoirs et continua son ouvrage.

A la cuisine, Amy trouva donc Rosette, qui l'attendait avec des fraises dans une assiette blanche à bord vert, du sucre pilé, du vin blanc et du pain frais. Elle lui en offrit avec la grâce qu'elle savait mettre à toutes choses. Amy refusa pour le moment.

— Vous m'avez fait demander, lui dit-il ; me voici à vos ordres. Quand nous aurons causé, je serai peutêtre mieux disposé à goûter de vos belles fraises. U y a trop peu de temps que j'ai pris mon café. J'espère que vous n'avez rien de fâcheux à m'apprendre.

— Non, monsieur Lorand. Grâces à Dieu, je n'ai que de bonnes nouvelles à vous annoncer , mais je me préoccupe, depuis quelques jours, d'un sujet qui me tient

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