CHAPITRE XXVII
fort à cœur , et j'avais besoin d^en causer avec vous. Charles Maubert vous a dit où nous sommes arrivés, lui et moi , peu à peu et sans nous en douter dans les commencements. Je ne lui ai pas encore donné une réponse absolument définitive; mais c'est la même chose, puisque nous nous aimons. Je sais que vous approuvez cette affection ; cela me rend très heureuse. Si Charles est un peu votre fils par les sentiments, vous me permettrez aussi d'être quelque jour votre fille au même titre. Votre retour parmi nous a été pour Charles et pour moi une bénédiction de Dieu, certainement. Sans nous avoir prêches d'une manière directe, vos paroles chrétiennes n'ont pas été toutes perdues. Voilà un premier point dont je tenais à vous parler. Il en est un second, beaucoup plus délicat, au sujet duquel j'éprouve une espèce de gêne, à cause de ma position précédente ; mais je suis sûre que vous me comprendrez. Pardonnez-moi si j'ai l'air de me mêler de choses qui ne me regardent pas.
Ce préambule un peu long avait donné de l'émotion à RoHette. Elle s'arrêta un instant pour respirer librement.
Âmy en profita pour lui dire:
— Je vous remercie de la confiance et de l'affection que vous me témoignez, Rosette. Ce que vous m'annoncez, me rend heureux pour Charles et pour vous. En rapprochant vos cœurs , Dieu vous a donné une preuve de plus de son amour à votre égard. Je vous approuve pleinement l'un et l'autre. Puissiez - vous, une fois mariés, donner dans toute votre vie l'exemple
précieux d'un ménage chrétien! Maintenant, cet autre sujet dont vous désirez m^entretenir , quel est-il? Parlez ouvertement , je vous phe, sans crainte de me choquer ou de me faire de la peine.
— Eh bien , cher monsieur , c'est relativement à votre neveu. Le voilà marié , mais vivant loin de sa femme. J'en ai causé un peu avec Jenny, que j'aime bien, je vous assure : elle est aujourd'hui si différente de ce qu'elle était i'andernierl II est impossible qu'elle continue ainsi à être séparée de son mari ; et surtout, il ne faut pas qu'elle reste encore bien longtemps chez sa mère. Quand elle aura un enfant, comment l'élever dans cette maison? Puis, René serait trop malheureux de ne voir les siens qu'à de longs intervalles. Ne pensez-vous pas qu'il fera bien de quitter sa place et de se fixer tout de bon à Croset prochainement.
— Oui , sans doute. Il n'attend pour cela que de trouver un appartement à louer au village. Mais il n'y en a pas maintenant , et , de longtemps encore , il n'y en aura aucun.
— C'est ce qu'on m'a dit aussi : voici donc mon projet pour eux, et j'espère que vous l'approuverez. Si je me marie, Charles quittera sa maison. Elle serait alors libre, et je pense qu'il consentirait bien àla louer àRené, avec son jardin , sa grange et son écurie. Vous pourriez peut-être aussi lui louer votre terrain. René trouvera certainement à s'occuper ici toute l'année ; et s'il gagnait moins d'argent que dans sa place actuelle, lui et sa femme auraient la" douceur de vivre ensemble, à deux pas de chez vous. Ils peuvent avoir grand be-