CHAPITRE XXVIL
soin de vos conseils , comme aussi , cher monsieur , il vous serait agréable de sentir près de vous ce jeune ménage. M'autorisez» vous à en parler à Charles, aussitôt que notre sort sera décidé ?
— Ma chère enfant , répondit Âmy Lorand avec sa douceur habituelle et cependant avec sérieux, dans tout ce que vous venez de me dire à l'égard de mon neveu et de ma nièce, je reconnais votre bon cœur et un vrai désir de rendre service. S'il n'y avait pas d'autre moyen d'arranger la chose, je donnerais pleinement les mains à votre projet. Mais, moi aussi, j'ai pensé à cela, et je vais à mon tour vous montrer une grande confiance. Le mariage de René est loin de m'avoir fait (naisir;il s' est accompli dans des conditions déplorables. Mais du moment que ce mariage était un devoir pour mon neveu, une réparation de sa faute, je l'ai accepté. Dieu a parlé au cœur de ces jeunes époux par un réveil de conscience qui se soutient; j'espère que le poids du péché, non d'un seul pécfié, mais de tout le mal qu'ils ont fait, leur sera ôté par la connaissance vraie de Jésus et une foi sincère en sa grâce. Aujourd'hui , René veut faire le bien, simplement par opposition au mal; mais il ne sent pas encore que l'unique principe solide du chrétien est dans l'amour de Dieu. Il y viendra, je n'en doute pas , quand il verra que , sans cet amour dans le cœur , l'homme , armé des seules forces de la conscience, ne lutte pas toujours avec avantage contre ses mauvais penchants. Jenny est plus souple de caractère, plus soumise. A bien des égards , René est encore souvent emporté et tranchant , peu charitable
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envers le prochain. Il va par bonds et par secousses, un peu comme on dit que font les lions , sans que je veuille dire qu'il leur ressemble. S'il est une fois medtre chez lui, je me demande s'il saura se modérer, garder la place humble et modeste qui est la sienne , ou bien s'il cédera de nouveau à ses anciens emportements. Pour lui-même , il vaudrait mieux, je crois, qu'il continuât à servir encore quelques années chez M. Jeanrefroid , dont l'autorité positive et morale a eu sur lui une si bonne influence. Mais alors, comme vous dites, que deviendrait la pauvre Jenny ? Et si elle allait le rejoindre comme domestique , ce serait pis encore. De jeunes mariés, à moins qu'ils n'aient pas d'enfant, doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir , plutôt qoe de retourner en place, soit ensemble, soit surtout séparément. Si j'étais resté chez moi, àCroset, j'aurais été bien content d'avoir mon neveu et ma nièce dans la maison de Charles ; mais j'ai l'intention d'aller vivre ailleurs , assez loin d'ici. Rien de plus simple alors et de plus naturel que de donner à René mon appartement et la culture de mon terrain. Gela le mettra un peu plus au large dans ses affaires.
— MonsieurLorand, voussongeriez vraiment à nous quitter ?
— Oui, ma chère enfant.
— Cela ne se peut pas. Nous avons trop besoin de vous, tous tant que nous sommes. Quand vous ne seriez plus là, à qui aller demander un conseil ? Qui visiterait les malades, consolerait les affligés, ten- .drait la main aux malheureux? Qui nous remettrait au