CHAPITRE XXVII
aime que davantage, dit-il en se levant et en l'embrassant paternellement. Je compte partir cet automne pour le midi. La famille de Pontal me demande d'aller passer l'hiver avec un jeune ménage, qui a besoin de moi, dit-on, pour s'installer dans une campagne achetée dernièrement. J'irai donc là-bas. Vous m'écrirez quelquefois avec Charles ; je vous répondrai. René et Jenny seront alors dans ma maison.
— Non, non, pas dans la vôtre ; je m'y oppose formellement. Elle doit être laissée à mes soins, c'est-àdire, à ceux de Charles, jusqu'à ce que vous reveniez l'occuper. René et sa femme s'établiront vis-à-vis, comme je vous l'ai dit.
— Soit, ma chère enfant. Surce point-là, vous voyez peut-être plus juste que votre vieil ami. Je vous laisserai donc foire comme vous l'entendrez pour mon neveu. Mais j'aimerais à vous voir mariée avant mon départ. •
— Je vais faire ce qui dépend de moi pour cela : dans deux mois, vous dites? Vous êtes donc bien pressé de nous quitter ? Ne pourriez-vous attendre après les vendanges?
— Non, cela porterait trop tard. Le premier octobre, s'il plaît à Dieu, je dois être en route. Mais n'oubliez pas que, excepté votre mère et Charles, nul ne doit savoir à Croset que j'ai Pintentioii de partir. Maintenant, donnez-moi quelques fraises et une bouchée de pain.
Rosette fit quelques pas avec Amy dans la direction du village, puis elle revint au jardin, où elle trouva sa mère, occupée à cueillir des haricots, dont les sili-
ques vertes pendaient en grappes aux branches d'aune qui servaient d'échelles et de supports à la capricieuse plante.
— Vous avez causé bien longtemps ? dit madame Pasche.
— Oui, comme de vieux amis.
— Eh bien, approuve-t-il ce que tu as l'intention de faire *?
— Oui, sans doute. Ce qui me chagrine seulement, c'est qu'il doit aller passer l'hiver dans le midi. Il avait eu l'idée de remettre sa maison à René ; mais nous arrangerons autrement le jeune ménage.
— Si M. Aray s'en va et que René vienne habiter sa maison, c'est fini pour qu'on le revoie à Croset. Ce malheureux garçon, par son mauvais caractère, a fait bien du mal autour de nous. Tu vois si je m'étais trompée en disant que son oncle n'a pas du tout l'idée que tu lui supposais.
— Il m'a pourtant assuré aujourd'hui que tu es la seule personne au monde à qui il eût voulu unir son sort. Ce qu'il fera dans la suite, je Fignore. Dieu le conduira, comme il nous conduit tous. — Maintenant, il me faut dire à Charles de tout préparer pour nos annonces. M. Amy veut être au mariage, et il part le premier octobre. Deux mois seulement, pour tout ce que j'ai à faire, c'est bien peu.