‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 168 sur 177 · CHAPITRE xxvni · texte numérisé non relu

CHAPITRE xxvni

probable qu'Amy terminera sa carrière dans la solitude du célibat.

Le 15 septembre, Jenny sentit les premières douleurs de l'accouchement. Elle fut à la mort, durant quarante-huit heures. René, dans une angoisse inexprimable, se frappait le front :

— Oui, oui, lui disait sa belle-mère, cela sert à grand'chose , ce que vous faites là. Il fallait se bien conduire dans le temps.

A quoi la garde ajoutait :

— C'est vrai, mère Goltrau ; mais cela serait venu également plus tard. Il ne faut pas trop accabler René, qui est déjà assez misérable. Nous arriverons au terme, et vous verrez que tout ira bien.

Dans la matinée du troisième jour, une petite. ûlle vint au monde. Jenny oublia ce qu'elle avait souffert, et René pleura en voyant cet enfant que Dieu lui donnait. Son oncle vint annoncer la nouvelle à Marie Pasche, qui s'empressa de la dire à Rosette.

Celle-ci regarda sa montre, ouvrit encore une lettre reçue la veille et se dirigea du côté de Cressonne. Bientôt elle vit, au premier contour du chemin, un homme vêtu d'une tunique verte à deux rangs de boutons jaunes, et d'un pantalon gris bleu, serré au bas de la jambe par des demi-guétres blancjies. Sur sa tète , un petit chapeau noir laissait flotter des plumes, noires aussi. Au dos, le havre-sac avec une capote serrée de trois côtés par des courroies; et à l'épaule droite, l'arme terrible qui donne la mort à mille mètres de distance. Le carabinier leva son cha-^

peau en l'air, Rosette agita son mouchoir, et bientôt ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. Amy Lorand, qui se trouvait encore devant la maison comme ils arrivaient, les félicita de ce doux revoir. Puis il s'en alla, les mains derrière le dos, songeant à ce qu'avait été pour lui le voyage de la vie, et finissant par se dire, en sincérité de cœur : De la part de Dieu, tout est bien !

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