ENCORE AU PRESSOIR
Depuis le commencement de ce récit, une année s'est écoulée. Pendant cet espace de temps relativement court, bien des faits, bien des événements ont eu lieu à Croset dans les familles que nous y connaissons et pour les principaux personnages de notre histoire. Pour en trouver la cause première, il faut remonter à l'Auteur éternel de toute grâce et de tout don parfait. L'action de l'homme sur le cœur de son semblable, pour l'amener au bien, n'est, en définitive, que celle d'un instrument dont Dieu se sert comme il l'entend.^ C'est donc à Dieu seul qu'appartient toute gloire. Malheur à qui s'attribuerait un mérite dont il n'est que le vase de miséricorde et d'amour !
Encore une fois, le soleil d'automne brille sur les campagnes vaudoises. A Croset, on fait les vendanges,
comme l'an dernier. La qualité du vin est bonne; la quantité plutôt médiocre. On dit que c'est un bien pour le pays et ses habitants. Le vin étant cher, les ivrognes en boiront moins.
Amy Lorand est parti le 1«<^ octobre, comme il avait dit ; Charles et Rosette étaient mariés depuis peu de jours ; René et Jenny établis dans la maison de Charles. Dans un certain sens, c'est dommage que René ait quitté sa place de maître- valet chez M. Jeanrefroid; nous avons dit ailleurs pourquoi il ne convenait pas qu'il y restât. Le voilà devenu son maître, appelé à cultiver les fonds de terre de son oncle, dès le premier janvier prochain, et s'occupant dès à présent, soit au plantage qui lui est remis tout de suite, soit à des travaux qu'il trouve facilement à Croset dans cette saison. Jenny est sur pied, nourrissant sa fillette et faisant le ménage. C'est une jeune femme obéissante, craignant son mari et l'aimant beaucoup. Elle peut remercier Dieu de n'avoir pas été abandonnée à la suite de sa faute , comme tant d'autres malheureuses filles. Si elle céda à l'entraînement du péché, elle en fut cruellement punie , jusqu'à ce que René lui prouvât qu'il tiendrait sa promesse de l'épouser. Et dès lors, que d'humiliations, secrètes ou connues, elle eut à supporter I que de reproches de sa conscience 1 Si la femme doit soufirir beaucoup moralement, avant et après l'acte civil qui régularise sa position, qu'en est-il de celle qui se voit délaissée, mise au rebut pour ainsi dire, et chargée d'un enfant ! Elle a aimé le séducteur qui l'abandonne ; son cœur est