CHAPITRE XXIX
brisé ; son enfant n'a pas de père ; la vie entière, pour elle, est un chemin plein de remords, si même, hélas 1 il ne la conduit pas dans l'infamie. Tout mauvais qu'il était, tout violent et emporté que nous le connaissions, René accepta franchement le devoir, après la faute commise. En cela, il ne fit que ce que Thonneur exige de tout homme en un cas pareil. Mais il fit mieux que beaucoup d'autres. Il comprit qu'il ne s'agissait pas d'une réparation seulement, mais d'une réforme radicale de conduite. Et puisque les plaisirs publics de la danse et du cabaret avaient été l'occasion extérieure du mal qu'il avait commis, il n'y rentrerait jamais. Son caractère, au fond, malgré ce grand changement, était resté le même à bien des égards. Quoiqu'il désirât maintenant devenir un homme religieux, il n'aurait pas fallu le contrarier beaucoup, pour qu'il s'abandonnât encore à ses anciens emportements, à ses colères. L'éducation morale se faisait en lui peu à peu, à mesure que l'expérience lui prouvait que nous ne pouvons accomplir aucun bien sans le secours de Dieu. Jenny, malgré sa jeunesse, était bien la femme qu'il lui fallait ; elle savait le prendre, le consulter, Tamuser aussi et lui témoigner une vive tendresse. René en était très fier. C'est un reste de vanité qu'on peut lui pardonner.
Pour beaucoup de choses, Charles Maubert lui était très supérieur, comme aussi Rosette laissait Jenny bien en arrière par sa grâce charmante, ses moyens intellectuels, sa piété plus profonde et un caractère élevé. De bonne heure, Charles fut aimé de Dieu. Une
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conduite pure, une piété filiale à toute épreuve, le préparèrent à recevoir dans son coeur l'hôte divin qui sanctifie nos affections et nous donne le témoignage de notre adoption comme enfants de Dieu, n suffit de montrer à Charles le plan du salut, pour qu'il en comprit la heauté, la divinité, et que son âme en fut vivifiée. Âh ! ce n'est pas pour rien que le psalmiste de la Bible disait de la part du Seigneur : < Par quel moyen le j§une homme rendra- t-il pure sa voie? c'est en y prenant garde selon ta Parole. >» Heureux celui qui, dès sa jeunesse, écoute la voix qui lui parle des cieux !
Le retour d'Amy Lorand à Groset avait été marqué de grandes bénédictions spirituelles. Et pourtant il avait peu parlé, peu prêché autour de lui. Mais il priait. C'était un de ces rares chrétiens qui vivent de prière habituelle. La douceur était le fond de son caractère ; une douceur charitable, non faible et maladive, mais qui le portait à tout remettre à Dieu. Froissé autrefois dans ses sentiments de cœur, il ne voulait pas, maintenant qu'il en était Ubre^ leur donner sur lui trop d'empire. L'âge aidait bien aussi à cette disposition. Â trente ans, même à quarante, on peut croire qu'Amy Lorand n'aurait pas attendu longtemps avant d'épouser Marie Pasche, devenue libre à son tour et se sentant de nouveau attirée vers lui. Christ habitait dans son cœur par la foi. C'est là ce qui faisait sa force pour lui-même et à l'égard des autres. Les grands ouvriers de Dieu, ceux dont il se plaît à bénir les travaux, ne sont pas toujours ceux qu'il revêt de dons extérieurs