CHAPITRE XXIX
parfois irrité contre moi-même et contre les hommes. Si je ne me retenais pas , je sauterais en l'air poar un rien, encore bien souvent.
— Ton oncle, Rosette et moi, nous avons aussi nos mauvais moments, nos luttes à soutenir contre le mal, sois-en bien convaincu. Mais peut-être comptons*nous moins sur nous-mêmes que tu ne le fais pour toi. Ton oncle, en particulier, accepte de bon cœur tout ce que Dieu lui envoie: c'est là son grand secret pour conserver la paix. Il sent que Dieu agit toujours avec amour et justice, dans tout ce qu'il fait.
— Voilà ces imbéciles de garçons qui mettent encore du vin en commun pour leur prochaine bombance, qui durera trois jours consécutifs. Je ne comprends pas que j'aie été assez hourchéy assez dépourvu de »mple bon sens, pour donner tête baissée là dedans, pendant si longtemps. Vraiment, j'étais à moitié fou. D'autant plus fou et plus bête, que je te jugeais alors sévèrement.
— Que pensais -tu de moi?
— Je te prenais pour un grand benêt, ou pour un hypocrite. Il a fallu ma déroute complète, pour m'ouvrir les yeux sur ce que j'étais moi-même.
— Dieu a été bon à notre égard ; soyons-^n reconnaissants.
— Oui, c'est vrai, pour moi du moins, car j'étais un méchant diable. Pendant que le vin finit de couler, je vais vite un instant à la maison ; dans dix minutes, je reviendrai pour desserrer et couper. Si nous faisions encore un qu^rt, tout de suite?
— Non, c'est assez serré. Va seulement. Nous man* gérons un morceau à ton retour.
Pendant que René allait chez sa femme, Rosette vint rejoindre Charles au pressoir. Elle s'assit à côté de lui, et sourit en le regardant à la lueur de la chandelle, placée sur la base de pierre.
— Qu'est-ce qui t'égaie ainsi? lui demanda son mari.
— Le souvenir d'une sotte action de René, et d'une assez hardie de moi, lorsqu'il se mit en tête de me courtiser l'année dernière, ici-même. Il me saisit à l'improviste par la taille, et, comme il ne voulait pas me lâcher, je lui jetai un verre de moût en plein visage.
— Tu as fait cela, toi, Rosette?
— Eh oui, mon pauvre ami. Je t'en aurais fait tout autant, si tu t'étais permis la même impolitesse, pour ne pas dire la même grossièreté. Mais il n'y avait pas de risque à cet égard.
— Non , tu peux en être sûre. Il aurait fallu que Jenny fût aussi hardie que toi ; cela lui eût épargné peut-être bien des regrets el des angoisses.
— Ne penses-tu pas qu'il nous faut être parrain et marraine de sa fille? Personne ici ne s'offrira. M. Lo* rand n'est pas pour qu'on baptise les petits enfants ; il dit que c'est un reste de tradition humaine et romaine.
— C'est une idée qu'il a rapportée des Etats-Unis d'Amérique. Peut-être a-t-il raison. Cependant, si Dieu nous donnait un enfant, nous irions bien le présenter au Seigneur Jésus pour qu'il le bénît Oui,