‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 19 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

— Non ; mais j'ai porté le lait à la fromagerie, et, en passant, je suis venu vous appeler.

L'oncle ouvrit sa malle, y prit un paquet enveloppé de papier et se dirigea bientôt, avec son neveu, du côté de la maison Pasche.

La table était servie. Sur la nappe blanche, quatre couverts étaient mis, deux de chaque côté. Une soupe à la paysanne, c'est-à-dire aux pommes de terre et au légume vert, fumait dans une soupière de porcelaine opaque. Dans un plat légèrement creux, brillait un morceau de veau rôti. Une bouteille de vin, la carafe d'eau fraîche et une salade, complétaient la symétrie.

M°»e Pasche et sa fille avaient fait un semblant de toilette pour recevoir l'oncle de leur domestique. René arriva en blouse bleue sur un tricot de laine. Le bonnet sur la tête, il prit place à côté de son oncle , sans remarquer que celui-ci s'était recueilli un instant avant de manger. La veuve questionna son hôte sur le pays qu'il venait de quitter, sur la famille de Pontal, etc. Amy Lorand causa avec abandon, sans s'animer cependant, comme aurait pu le faire tout autre en cette occasion. Il parla de son vieux maître, mort en vrai chrétien et qu'il regrettait comme un père. Rosette écoutait avec une extrême attention. Ses yeux bruns, brillants et ouverts, regardaient avec une respectueuse émotion cet homme aimant et sensible, qui racontait si bien et mettait tant de cœur à ce qu'il disait.

René interrompit la conversation pour prévenir sa

maîtresse de Tintention de Villioud relativemeat au cheval.

— Est-ce que vous seriez décidée à le vendre? fit -il.

— Je n'y ai pas pensé, répondit M°»« Pasche.

— Pourquoi le vendrais-tu? dit Rosette. Coco est sage, quoique très vif. Si nous avons besoin d'un cheval, il vaut mieux garder celui-là , que risquer d'en avoir un autre moins bon.

— Il me semble que vous avez raison, mademoiselle Rosette , dit l'oncle. Veuillez m'excuser si je parle d'une chose qui ne me regarde pas.

— Vous me faites bien plaisir de m'appuyer, répondit la jeune personne. Pour le gain d'une centaine de francs peut-être , il ne faut pas se défaire d'un aussi bon serviteur.

— Si ce monsieur Villioud vient pour demander le prix de Coco, vous répondrez simplement que le cheval n'est pas à vendre, dit la veuve.

— Pourtant, reprit René, s'il offrait deux cents francs de bénéfice , il vaudrait la peine de les prendre. Dès à présent. Coco ne fera que perdre de sa valeur. Mais cela m'est bien égal, dit-il en se levant et comme un peu blessé de ce que son avis ne l'emportait pas. Pour le moment , il s'agit de le faire boire et de lui donner son picotin d'avoine.

Ayant dit cela d'un air assuré, René quitta la cuisine et se rendit à l'écurie. Un instant après, on l'entendait siffler un air de danse, pendant que le cheval buvait. Les deux femmes et leur hôte continuèrent à causer d'une manière intéressante , Rosette question-

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