‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 23 sur 177 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

— Merci ; vous êtes vraiment d'une grande obligeance à mon égard.

Charles retourna chez lui. Un instant après il partait pour son champ de pommes de terre, hotte et fossoir sur le dos.

Un petit panier à la main , Amy Lorand se rendit chez le boulanger , qui demeurait assez loin de son quartier. — De temps en temps il rencontrait une ancienne connaissance et échangeait quelques mots avec elle. Les maisons du village étaient bien toujours les mêmes , là où Ton n'avait ni réparé ni reconstruit depuis son départ de Croset ; mais les habitants lui paraissaient différents de ce qu'ils étaient autrefois. Déjà plus ou moins courbés par le travail et les années, les hommes de son âge avaient la démarche lente, le regard parfois oblique, ou quelque chose d'examinateur sons les dehors d'une bonhomie expansive. L'un le traitait avec une familiarité dont Amy ne se souvenait plus ; l'autre lui disait c monsieur, » sans doute parce qu'il n'était pas vêtu en campagnard qui se rend à l'ouvrage et qu'on le savait possesseur d'une petite fortune. Les jeunes gens ne pouvaient le connaître que de vue, aussi passaient-ils tout droit sans le saluer, à moins qu'il n'ôtât son chapeau le premier. Plus curieuses, les jeunes allés regardaient par les fenêtres le nouveau venu, qui, malgré ses cheveux grisonnants, avait encore très bonne façon.

— C'est Amy Lorand, disait une vieille mère. Il partit pour l'étranger l'année où le père de René se maria avec la Charlotte Barrât. On dit qu'Amy a gagné

bien des mille francs par le monde. Regardez comme il a une belle démarche pour un homme de cinquante ans.

 la laiterie, où il se rendit aussi, Amy trouva Joaquint. Celui-ci tenait à la main un grand pot de cette écume onctueuse qui se produit sur le petit-lait au moment de l'ébuUition. On l'appelle des dames, je ne sais pourquoi. Le fromageur a soin de l'enlever avant la formation du céré, qui est beaucoup plus consistant. Dans certaines fromageries, on donne volontiers Ids dames aux pauvres gens de la commune; c'est une nourriture bonne pour les enfants, qui, en général, en sont friands.

Amy salua les personnes présentes , et demanda si Ton pouvait lui vendre une demi-livre de beurre.

Un homme à peu près de son âge, qui puisait le céré dans la chaudière avec une grande écumoire en cuivre rouge, répondit sans se déranger de son travail *.

— Oh ! tout de même. Pour vous rendre service, on vous en remettra.

— Je ne voudrais pas être une occasion de dérangement, dit Amy. S'il ne vous convient pas de m'en vendre, j'attendrai. On m'a dit qu'on peut en avoir tous les deux jours. Mais comme je suis arrivé hier au soir seulement, je n'ai pas encore de beurre chez moi*

— Nous avons décidé de fondre celui d'aujourd'hui pour nous, reprit le propriétaire du lait; mais puis^ que vous en avez besoin , je vous en remettrai une demi-livre. Fruitier, donnez-la à ce monsieur. — Est-ce que vous avez l'intention de tenir une ou deux vaches?

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