‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 24 sur 177 · CHAPITRE IV. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. M

fit-il encore en s'adressant à Amy. Monsieur est sans doute l'oncle de René Lorand ? J'ai dans ce moment une toute bonne vache, jolie comme un cœur et prête au veau ; je vous la céderais à prix honnête , oui , vraiment.

— Je vous remercie ; mais je ne saurais que faire d'une vache. Je n'ai ni étable pour la mettre , ni fourrage pour la nourrir.

— Dans ce cas , c'est différent.

Le beurre fat mis sur une assiette, dans le panier d'Amy, à côté du pain qu'il venait d'acheté-.

— Que dois-je payer? demanda-t-il.

— Quatre-vingts centimes.

— Les voilà. Combien coûte le pot de lait?

— La Société ne le vend pas au pot, répondit le maître de céans. Le prix est fixé à dix centimes la mesure : trois de ces mesures font un peu plus que le pot fédéral.

— Tout également, dit Joaquint, resté bouche close et immobile jusqu'ici, oui, tout également , monsieur Julliard, je trouve que c'est trop cher, soit pour le beurre, soit pour le lait. Il faut la justice partout : or, dix centimes la mesure, pour nous autres qui achetons le lait, c'est vraiment trop. A Gressonne on ne le vend que- vingt-deux centimes le pot, ni plus ni moins.

— Il vous faut alors en acheter à Gressonne ; moi, je n'en vends ici , quand c'est à mon tour de faire le fromage, absolument que pour rendre service.

— Je pense , dit Amy, que tout a renchéri au village depuis le temps où je l'habitais. C'est la même

chose partout. L'argent a moins de valeur qu'autrefois, et la consommation des choses nécessaires à la vie a augmenté avec les besoins nouveaux et l'accroissement de la population.

— C'est bien évident, fit Julliard en regardant Joaquint d'un air dédaigneux.

— Evident! reprit celui-ci, je n'en sais trop rien. En tout cas, si c'est évident à Groset, où le nombre des habitants est à peu près le même depuis vingt ans, il ne paraît pas que ce soit la même chose à Gressonne. — Voilà dix centimes pour les dames; serviteur à ces messieurs.

Ayant répondu de la sorte, Joaquint suivit Amy Lorand qui venait de sortir.

— Je veux pourtant vous souhaiter une bonne arrivée, lui dit-il. René m'a annoncé votre retour définitif parmi nous. Ça me fait plaisir. Mais comment ferez-vous pour vivre seul? Si vous ne prenez pas une domestique, il vous faudrait au moins une femme de ménage.

— En effet ; il me faudra chaque jour quelqu'un, pendant une ou deux heures. Je n'ai pas encore eu le temps de chercher.

— Ma femme irait très volontiers, comme elle le faisait pour feu monsieur le notaire Ferluche.

— Eh bien, dites-lui de venir me parler aujourd'hui après dîner.

— Elle ira, vous pouvez y compter.

Amy Lorand dîna de pommes de terre avec du beurre frais et quelques œufs. Pour le premier jour,

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