‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 26 sur 177 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

j'ai VU mourir bien du monde, entre autres ce brave Louis Pasche, que j'ai soigné plus d'une fois. Un ami des pauvres, celui-là. C'était Joaquint qui lui coupait les cheveux deux fois par an, et lui faisait la barbe le jeudi et le dimanche. Sa veuve et sa fille Rosette sont bien ce que nous avons de mieux au village , pour le caractère et la fortune, et aussi pour le cœur. Votre neveu René a chez elles une place de confiance ; il fera bien de s'y tenir. C'est un brave garçon , passablement prompt et emporté. S'il est une fois de travers, il ne fait pas beau autour de lui ; mais , malgré ce défaut, il est bien gentil.

— Lui avez-vous vu commettre des actions répréhensibles?

— Non, monsieur Amy ; oh ! pour ça, non. Je veux seulement dire que , s'il se fâche , il crie et se débat d'une belle manière. Ensuite, il redevient doux comme un mouton.

— Qui est un homme avec lequel votre mari parlait à la laiterie ce matin? Il s'appelle, je crois , Julliard. Je l'ai vu pour la première fois.

— Jules- Adam JuUiard? c'est celui qui a acheté la maison et le terrain des Cormond , quand ils ont dû tout vendre pour payer leurs dettes. JuUiard est d'une commune au-dessus des monts de Lavaux ; je n'en sais pas le nom, mais on dit que c'est un vrai pays de loups. Il brocante beaucoup de bétail, surtout des vaches, sur lesquelles on dit qu'il gagne assez d'argent. Son fils aîné, Jean-Jules, fait déjà le même commerce. Malgré ça , ils n'ont pas beaucoup d'amis au

village. On trouve que le père Julliard aurait pu laisser le bien des Gormond aux gens de Fendroit. Voilà, j'ai fini ceci, monsieur Amy. Je vais prendre un époussoir^ maintenant. — Ce Jules-Adam Julliard, dit-elle à voix basse^ en secouant un peu le crin du balai, passe, à tort ou à droit , pour viser à Rosette Pasche , non pas pour lui , bien entendu (quoique veuf, il est trop vieux), mais pour son Jean-Jules. Voilà ce qui se dit ; je n'en sais pas davantage. C'est un homme assez dur et sensiblement intéressé ; quand c'est lui quia le fromage à la laiterie, on peut compter que tout est à vendre, rien à donner. Au reste, il est le mattre de ce qui lui appartient. Ce que j'en dis, c'est uniquement pour répondre à votre question, monsieur Amy. Il vous faudrait me laisser balayer la cuisine ; je vois des toiles d'araignée là-haut, dans les angles du plafond et autour de la corniche du buffet. On s'aperçoit bien que la maison n'a pas été habitée depuis l'année dernière. Dans quelques jours, ça prendra un peu meilleure façon par là.

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