CHAPITRE V
UN HOMJ&£ A CONVICTIONS
Vers la fin de la semaine, Amy Lorand commençait à se trouver bien chez lui et à s'établir tout de bon pour l'hiver. Il avait acheté du bois de chauffage, des provisions de légumes, un petit tonneau de vin. Bien épousseté jusque dans les plus petits recoins, son appartement faisait plaisir à voir; on y respirait un bon air, renouvelé de Textérieur quand le soleil se montrait, et régulièrement chaque matin. Depuis le premier soir de son arrivée, René n'était pas revenu chez son oncle. Peu visiteur de sa nature , et la journée étant finie, il causait un moment avec M"® Pasche sur les travaux du lendemain. A moins d'avoir un ouvrage pressant à expédier dans la maison ou quelque rendez-vous au village , il allait ensuite dormir.
Amy Lorand avait fait déjà plusieurs visites chez ses
voisins Maubert. Il désirait se rendre utile au paralytique, soit par un service quelconque en l'absence de Charles, soit par une causerie amicale ou une lecture. Il lui fallut peu de temps pour se convaincre que, ni le malade, ni Charles non plus, n'avaient reçu l'Evangile dans le cœur. L'un et l'autre se contentaient d'une connaissance froide et sans vie des vérités chrétiennes , bien que le père eût fréquenté le culte public pendant qu'il pouvait y aller , et que le fils manquât rarement plus de deux dimanches de suite de s'y rendre. Christ, le Sauveur , rfétait pour eux rien de plus qu'un personnage mystérieux , appelé dans la Bible fils de Dieu et fils de l'Homme. Us n'avaient pour lui qu'une admiration stérile. En parlant de Jésus, ils disaient bien, « Notre Seigneur , i& mais ce Seigneur-là n'était pas pour eux celui qui donne la paix à l'âme affamée de justice et qui dit au pécheur repentant : Va, mon fils, tes péchés te sont pardonnes. Us ne croyaient ni à la nécessité d'une vie nouvelle, ni à la possession gratuite du salut. Cette orthodoxie froide, qui consiste à accepter ce qu'on lit dans la Bible et ce qui se prêche dans les temples ou dans les chapelles, sans rien de plus, sans rien qui pousse réellement le cœur vers Dieu, est la ruine des églises ; c'est ce qui endort les auditeurs et les fige dans le tombeau des croyances mortes.
A l'époque de notre récit , le village de Croset se tenait encore à l'écart du réveil religieux qui s'est produit assez généralement dans notre pays. La vie matérielle absorbait les habitants. U n'y avait pas de