CHAPITRE VI
Comme les gens sortaient du temple, un jeune homme conduisant un joli cheval attelé à un char à banc, passait à la rue. C'était Villioud. Apercevant René, il l'appela par son nom.
— Bonjour ! lui dit-il ; et cela va bien ?
— Oui; toi aussi?
— Pas mal, comme tu vois.
— Où va-t-on comme ça ?
— A Croset. Par la même occasion, je voudrais revoir le cheval de M"»« Pasche; mais il faut que je m'arrête ici un moment. Tu devrais m'attendre. Nous irons vile piquer un verre.
— Si tu ne restes que cinq minutes , je veux bien.
— Mais, dit l'oncle en s'adressant au conducteur du char, et à René en même temps, M"*^ Pasche ne veut pas vendre son cheval.
— C'est un échange que j'ai l'intention de lui proposer, repartit à l'instant ViUioud. Attends-môi donc, Lorand ; tu verras au moins trotter ma bête , et tu pourras en parler chez vous.
— Soit , dit René plus ou moins flatté par ces dernières paroles ; mais je n'attends qu'un moment : ainsi dépêche- toi.
— Je n'ai qu'un mot à dire chez l'aubergiste; dans un instant, ce sera fait.
— Allez toujours avec Charles , mon oncle , reprit René; nous vous rejoindrons en chemin.
— Tu ferais mieux de ne pas t'arrêter ici, dit Amy à voix basse.
— C'est que j'ai aussi quelque chose à lui dire.
— Eh bien, Charles, continuons nous deux, puisque René nous abandonne.
Déjà devant l'auberge, Villioud mettait sur son cheval blond une jolie couverture chamarrée. D entra bientôt dans une salle du rez-de-chaussée , suivi de René.
— Nous voulons vite boire une bouteille , dit-il à l'hôte, mais du bon.
Puis il le suivit dans le corridor et eut avec lui une conversation dans laquelle il fut question de bois de chauffage et de foin. En rentrant à la salle, il posa son fouet en travers sur la table. Quand il y eut du vin versé.
— A la nôtre , dit-il à René. C'est probablement ton oncle, ce grand monsieur qui était avec toi ?
— Oui.
— Un bel homme, pour son âge. Il a l'air de n'être pas brouillé avec les écus ? A-t-il une famille ?
— Non; mon oncle est resté garçon; je suis son seul parent un peu rapproché.
— Alors c'est toi qui auras la grenouille : tant mieux. Où l'a-t-il péchée ?
— A l'étranger.
— Dans le commerce*?
— Non, mon oncle a passé vingt-cinq ans dans une famille , avec laquelle il a beaucoup voyagé.
— Je t'en fais compliment. Quoique je n'en aie pas besoin précisément, dit-il en sortant de son gilet une belle montre retenue à la boutonnière par une grosse chaîne d'argent, — je ne serais pas fâché d'avoir deux