‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 36 sur 177 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

OU trois oncles pareils. Mais il s'agit d'autre chose. Tu vas me donner un coup de main pour le troc de mon cheval.

— Ah î non, vois-tu. Ça ne se peut pas. M"« Pasche tient à garder le nôtre , et sa fille ne veut pas qu'on le vende. *

— Mais si elles font un bon marché avec moi ?

— Ça m'est égal. J'ai essayé d'en dire un mot ; j'ai parlé d'un grand prix pour Coco; elles ne veulent pas s'en défaire.

— Enfin, allons toujours le voir ; ça ne coûte rien. Veux-tu fumer? voilà des Ormond qui. ne sont pas mauvais.

René prit le cigare ; Villioud lui tendit son allumette enflammée , et nos deux compagnons achevèrent leur bouteille en fumant. Gela leur prit vite une demi-heure^ si bien que l'oncle Amy et Charles Maubert étaient arrivés à Croset avant que le cheval de Villioud eût quitté la cour de l'auberge de Cressonne. Il est bien permis de supposer que la prédication entendue au temple n'avait fait qu'entrer par une des oreilles de René, pour s'échapper aussitôt par l'autre.

n n'en avait pas été de niême pour Amy Lorand et Charles Maubert. Chemin faisant, ils parlèrent du sermon , et cela conduisit Amy à exprimer franchement ses convictions religieuses devant son jeune compagnon. Charles, de son côté, lui fit diverses questions auxquelles Amy répondit avec plaisir. Il se montra simplement ce qu'il était : un chrétien, dont le bonheur suprême est la possession de la paix avec Dieu, par

notre Seigneur Jésas-(Jlhrist. Croire aux promesses renfermées dans les saintes Ecritures, se sentir conduit par un Esprit qui change le cœur et le sanctifie, vivre en la présence de Dieu , aimer tous les hommes d'un amour véritable, voilà l'état d'un vrai croyant. Sans doute, c'est un devoir d'assister ausculte, et c'est aussi une bénédiction ; mais les cultes publics et les cultes en famille peuvent laisser l'homme bien éloigné du salut. Dieu nous demande plus que des actes extérieurs; ce qu'il veut, c'est notre cœur, notre obéissance filiale. Dès que nous l'aimons véritablement, nous devons être renouvelés dans nos cœurs et dans nos esprits qui lui appartiennent. Les choses vieilles sont passées. Nous nous sentons bourgeois des cieux.

Charles Maubert n'avait jamais cru à l'Evangile de cette manière. Il allait à l'église par devoir; il lisait la Bible par devoir ; il récitait ses prières ou en faisait, par devoir. L'amour de Dieu à notre égard ne l'avait pas encore saisi. Sa conscience l'approuvait certainement, mais il manquait de cette joie, de cette paix profonde qui résultent de l'assurance du salut. Sans se l'avouer, peut-être même sans y avoir jamais réfléchi, il agissait dans le but de faire son salut, de le mériter y au lieu de l'accepter comme une grâce, comme un don de Dieu accordé au pécheur, toujours incapable de se justifier par lui-même. Charles se plaçait beaucoup plus sous la loi dure, inexorable, du Sinaï, que sous le joug aimable de TEvangile. Un très grand nombre de protestants font la même chose, et c'est là un reste

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