DIMANCHE BIEN EMPLOIE
Il était bien près de midi , lorsque Villioud et René arrivèrent en char dans la cour de la maison Pasche. Amy Lorand et Charles Mauberts'y étaient arrêtés un moment à causer avec Rosette et lui avaient expliqué la cause du retard de René.
— C'est pourtant un peu fort , dit-elle , qu'on ne puisse avoir un cheval , sans qu'un étranger ne veuille essayer de nous le prendre. Il faut que j'aille encore en parler avec ma mère , afin qu'elle se tienne sur ses gardes. Merci de l'avis, monsieur Lorand. Bonjour, Charles.
Rosette entra dans la maison , échangea quelques
mots avec sa mère et passa dans sa chambre pour donner un coup d'oeil à sa toilette, avant l'arrivée du marchandeur. Peut-être se disait-elle que le cheval
n'était qu'un prétexte et cachait un dessein plus sérieux.
— Ce Vitlioud, lui demanda sa mère quand elle revint à la cuisine, le connais-tu ?
— Non, pas précisément. Je l'ai vu à la danse, il y a trois ans.
— René dit qu'il est très riche, fils unique. Sa mère est morte et il vit avec son père. Crois-tu qu'il faille l'inviter à dîner?
— Il faut, au contraire, bien t'en garder; il peut aller à l'auberge. Je trouve que René ferait mieux de ne pas se lier avec des garçons riches; il dépense avec eux son argent et n'en devient que plus vaniteux,
— Tais-toi; les voici qui arrivent.
René sauta du char sur le pavé et monta l'escalier en courant.
— Léon Villioud est là , dit-il en ouvrant brusquement la porte. Je lui ai dit que vous ne vouliez vous défaire du cheval à aucun prix. Il m'a répondu qu'il vous proposerait un échange avec lésion, qui est un trotteur distingué. Nous sommes venus en dis minutes, et sa hôte n'a pas un poil mouillé. Regardez , Rosette.
Celle-ci s'approcha de la fenêtre ouverte et donna un coup d'œil au cheval, que VilUoud caressait de la main. — t Oui, dit-elle, il est joli pour un cheval blond.
— Que faul-il répondre'' reprit René à voix basse.
— Cfi que vous voudrez, dit M"" Pasche. Pourquoi nous avoir amené ce garçon ?