CHAPITRE VII
— Ce n'est pas ma faute s'il est là. Mais on ne peut pas être impoli avec lui ; il faut au moins descendre et dire un mot de simple honnêteté.
— Eh bien , descendons , continua la mère. Allez toujours le premier.
René rejoignit son camarade , et bientôt les deux femmes vinrent aussi à la rue.
— Madame et mademoiselle, dit Villioud en se découvrant, j'ai l'honneur de vous saluer. Mon ami Lorand m'apprend que vous ne voulez, à aucun prix, vendre votre cheval. Si un échange avec le mien pouvait vous convenir , je vous offrirais en surplus de la bête une bonne poignée d'écus.
— Pourquoi ne gardez- vous pas celui-ci? répondit hardiment Rosette?
— -Parce que nous en avons un qui ferait la paire avec le vôtre : même manteau , même taille , même âge; les membres encore plus nerveux peut-être. Voyons, je suis de bonne foi. Voulez-vous cent francs de retour, uniquement pour le manteau, et sauf la visite du vétérinaire, bien entendu?
— Merci, monsieur, continua Rosette qui craignait une indécision de sa mère; c'est inutile.
— Tout à fait inutile? demanda ViUioud en regardant fixement la jeune personne.
— Oui, monsieur.
— En ce cas, n'en parlons plus. J'aime les gerjp qui sont décidés comme vous. — Il y a une écurie à l'auberge, n'est-ce pas, Lorand?
— Oui, mais assez froide.
— Oh ! cela ne fait rien ; j'ai une couverture , et d'ailleurs mon cheval a'a pas chaud. Bonjour, madame et mademoiselle. Au revoir, Lorand.
— Si voua avez quelque chose à faire au village, dit M"" Pasche , vous pourriez mettre votre cheval à côté du nôtre ; il y serait mieux qu'à l'auberge.
— Vous êtes bien aimable , madame. Puisque vous voulez recevoir Blondin sous votre toit , je vais le dételer pour une demi-heure.
Les deux garçons enlevèrent les traits, débouclèrent les courroies, et bientôt le blond de VilUoud se trouvait à côté du gris pommelé de la veuve , celui-ci hennissant d'aise d'avoir un compagnon.
Son grand fouet toujours à la main , Villioud prit le chemin de l'auberge. René monta pour dîner.
— C'est clair que je n'ai rien à dire, fit-il en s'asseyant à table , mais je crois que M. Villioud aurait volontiers mangé quelque chose avec nous. Il ne peut retourner chez lui sans avoir diné. Je suis sûr qu'il va se commander une omelette au cabaret. A.u reste, ajouta-t-il d'un air maussade, il est en mesure de la payer; mais s'il m'avait rencontré à la Varaude, il m'aurait certainement invité chez lui. Pour vous, c'est différent, j'en conviens.
— Avez-vous eu un bon sermon ? demanda M"»" Paache, pOMT changer dé conversation.
— ,1e crois que oui ; mais, au fond, je n'en sais rien. Il faudra demander cela à mon oncle.
— Sur quoi le pasteur a-t-il prêché? continua la veuve.