‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 41 sur 177 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

qui entendit la dernière question de sa fille et la réponse de René.

Pendant que M"»^ Pasche allait donner du grain aux poules, qui venaient coroter jusqu'au bas de l'escalier^ Rosette se mit à lever la table. Elle était préoccupée de ce qu'avait dit René durant leur entretien. Non pas qu'elle se souciât bien sérieusement des déclarations de l'emporté garçon : elle y était quelque peu habituée. Ne sentant rien dans son cœur pour lui, elle le remettrait à sa place tant qu'il serait dans la maison. Mais s'il persistait à se poser en prétendant sérieux à sa main , il faudrait qu'il s'éloignât. Si elle finissait par s'attacher à René, avec l'oncle Amy pour appui moral, la position deviendrait bien plus délicate: cela nécessiterait un arrangement entre les deux familles. Or, comment une fille de sens et de cœur pourrait-elle aimer un jeune homme aussi brusque y aussi passionné pour le plaisir, aussi peu aimable de caractère? Elle sentait instinctivement que cela ne viendrait jamais. Voilà pourquoi elle avait lancé, un peu à l'étourdie et uniquement pour engager René à faire la comparaison, les quelques mots relatifs à M. Amy Lorand. René était assez perspicace pour l'avoir compris , et peut-être profita-t-il de l'air fâché de M™« Pasche, pour donner à supposer qu'il était en possession d'un secret que Rosette avait intérêt à connaître.

Lorsque sa mère fut de retour dans la maison, Rosette lui dit d'un air sincère et très naturel :

— J'ai bien du regret si vraiment je t'ai fait de la

peine parce que j'ai dit en badinant pendant le dîner. Tu comprends que j'ai voulu faire sentir à René la grande difTérence qui existe entre le caractère de son oncle et le sien. Mais tu peux être sûre que M, Amy ne songe pas plus à se marier que s'U avait quatrevingts ans; et d'ailleurs, un homme de son âge n'épuuserait pas une jeune fllle qui a de tout autres besoins que lui , et sans doute des idées bien difTérentes. S'ii prenait réellement un jour la résolution de se marier, ce ne pourrait être qu'avec une femme de trente-cinq à quarante ans, pieuse comme lui, et qui eût des habitudes citadines : une vieille demoiselle, en un mot.

— Ah '. ma chère, ne te fie pas aux apparences. Elles sont parfois bien trompeuses. Combien n'a-t-on pas vu d'hommes plus âgés que l'oncle de René se passionner pour une jeune Slle et faire tout ce qui dépendait d'eux pour l'obtenir 1 A cinquante ans, chez un homme, l'amour est quelquefois plus fort, plus violent que dans la jeunesse. Il suffirait du mot inconsidéré que tu as dit aujourd'hui, s'il venait à être répété à M. Lorand, pour l'enflammer peut-être bientôt de ton côté. Et alors, vois où cela nous mènerait. Nous serions dans de beaux draps , soit que tu disses oui, soit que ta réponse fût un non. Et encore avec René dans la maison I Si tu dois épouser l'un des deux, c'est le neveu et non pas l'oncle.

— Je n'épouserai ni l'un ni l'autre, ma bonne mère ; tu pQux te tranquilliser à ce sujet. Mais le mieux pour tous sera que René nous quitte à la fin de l'année, et

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