CHAPITRE VII
de le remplacer par un domestique d'âge plus raisonnable.
— Et alors que deviendra-t-il? où ira-t-il?
— Son oncle lui trouvera une place à l'étranger. C'est d'ailleurs lui rendre service que de l'éloigner de Croset.
— Réfléchis pourtant à ce que son oncle peut et veut faire pour lui. René connaît parfaitement la culture de nos terrains ; il travaille autant que deux. Si son oncle le fait héritier, il se trouvera un jour dans une belle position. J'admets qu'il ait des défauts, mais tous les hommes en ont. Quand on les connaît et que ces défauts ne sont pas graves, ce n'est pas si terrible, après tout.
— Eh bien, puisque tu le désires, je réfléchirai encore et ne prendrai aucune décision contraire jusqu'à nouveaux faits. Mais je suis étonnée que M. Villioud ne revienne pas. René devrait aller voir où il est. C'est peu naturel de laisser ainsi longtemps son cheval chez nous.
— René ! cria la veuve par la fenêtre.
— Je suis à la grange , répondit-il en brassant le foin pour le bétail.
— Quand vous aurez fini, reprit-elle à voix basse et comme il se montrait sur la porte une fourche à la main, allez voir où est M. Villioud.
— J'y ai déjà pensé.
— Un instant après, ayant remis son habit , brossé ses cheveux et placé un bonnet bleu sur sa tète, René
prit le chemin de l'auberge. Villioud n'y avait point paru. L'hôtelier dit qu'on avait aperçu dans la rue, à midi , un jeune homme comme ça et comme ça, causant avec le dragon Lothaire Belot, et qu'ils avaient pris ensemble la direction de la maison de celui-ci.
Sur ce renseignement, René se rendit chez Belot. Gomme il allait ouvnr la porte ; un bruit de voix et d'éclats de rire parvint à ses oreilles. Il entra sans demander permission.
— Il paraît qu'on ne s'amuse pas mal ici, dit-il en secouant la tête. Heureusement que M. Villioud a un palefrenier à ses ordres ; sans cela, Blondin chanterait misère.
— Ah bah I répondit Villioud sans se déconcerter, je savais bien que tu le ferais boire , et même que tu lui donnerais un demi-quarteron d'avoine. N'est-ce pas comme ça?
— Oui, à peu près.
— Assieds-toi, René, dit le dragon ; tu prendras un verre avec nous. Gornélie donne un verre.
Une grande fille avança une chaise à René^ et plaça un verre sur la table.
— Merci, toute belle , dit René en lui adressant un gracieux sourire.
La famille Belot se composait du père, et de quatre enfants, savoir Lothaire, Gornélie, et deux autres, de quinze et douze ans, fille et garçon comme les aînés. Une vieille tante, sœur de la mère qui était morte, se tenait assise près du foyer. On choqua bientôt les verres.