CHAPITRE VII
on eut bien trinqué et tout bu, Villioud se leva pour saluer la famille. Il serra la main à tous : à la vieille tante Jeanne comme à la jeune Lise , mais surtout à Comélie , dont il ne pouvait détacher son regard. Il lui demanda la promesse d'une valse ou deux à la danse prochaine.
— Très volontiers, répondit-elle ; j'espère que nous aurons le beau temps.
René et Villioud revinrent ensemble à la maison Pasche. En chemin, ils rencontrèrent Jenny.
— Qui est cette jolie blonde? demanda Villioud.
— C'est la fille d'un nommé Gottrau ; elle demeure là, dit-il, en montrant une habitation de chétive apparence. Ce sont de pauvres gens.
— Pauvre ou non, c'est une charmante bourgeoise. Je m'aperçois que vous êtes bien montés en filles dans ton village. Ce n'est pas partout comme ça, tant s'en faut. Chez nous, elles sont laides à faire peur. Courtes, ramassées sur elles-mêmes, elles marchent comme des canards : patin patâ. Celle-ci est vraiment hijoute ; la grande sœur de Lothaire , une reine du Midi ; et quant à la vôtre , c'est une délurée commère , ou je suis bien trompé. Elle tient plus à son cheval gris qu'aux garçons disposés à lui faire la cour. Tu m'en diras plus tard des nouvelles. Au fait, je suis bien content d'avoir trouvé du foin ; nous en avons besoin positivement. Si j'étais allé au sermon ce matin à Francquartier avec ceux de chez nous, et que j'eusse passé le^ reste du dimanche à jouer aux cartes dans une écurie ou à lire l'almanach au coin du feu, je n'aurais
rien fait de bon, et pas appris grand' chose. Il faut absolument sortir un peu de chez soi le dimanche, quand on a char et cheval à sa disposition. A laVaraude, vous avez beau ouvrir les yeux aussi grands que des verres de montres , vous ne voyez que le ciel , quand il est clair, et des étangs tout remplis de grenouilles. Mais c'est pourtant un riche pays. Ce vieux Pancrace m'a fait boire un verre de trop ; je commence à divaguer, n'est-ce pas?
— Oh que non ! mais il est de fait que son vin est d'une force remarquable.
Ce disant , ils arrivaient. Blondin fut mis au char. Mme Pasche et Rosette, étant venues à la cour pour saluer Villioud, il s'empressa do les remercier :
— Madame et mademoiselle, dit-il, je vous suis bien reconnaissant de l'hospitalité donnée à ma bête ; je regrette seulement qu'il ne vous convienne pas de faire un échange avec moi. Quand je viendrai chercher le foin acheté du père Belot, dans un mois de temps, nous en reparlerons.
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