CHAPITRE VIII
sait une tentation de son propre cœur et de Tesprit de défiance. Selon l'expression- du psalmiste, il « allait à travers champs. »
Devait-il abandonner son neveu à lui-même? Se marier, il le pouvait encore. Combien d'iiommes se marient à cinquante ans, sans faire pour cela une folie ! Mais il n'avait jamais aimé qu'une seule femme, et il n'était pas de ces gens qui épousent une personne pour bien vivre avec elle seulement, et parce qu'elle possède quelque fortune. Puis, il avait déjà compris que René visait à obtenir un jour la main de Rosette ; si cela devait avoir lieu, ce ne pouvait être qu'en assurant son bien à cet unique neveu. Il est probable que M°»« Pasche voyait la chose ainsi, puisqu'elle gardait René dans sa maison, comme domestique de confiance. Tout cela préoccupait Amy Lorand ; aussi ne se sentait-il pas disposé à passer la soirée ailleurs que chez lui. — Un rayon bienfaisant vint pourtant dissiper une partie des ténèbres morales qui l'entouraient : ce fut ce que lui avait dit Charles Maubert, à la suite de leur conversation du matin. S'il trouvait un jour chez René cette ouverture de cœur et cette droiture, combien il en serait heureux 1
— Bonsoir ! lui dit, d'une voix grave, un homme qu'il rencontra dans le chemin.
— Bonsoir ! fit-il à son tour.
— Eh! reprit l'autre, je crois bien que c'est M. Amy Lorand. De nuit j'ai peine à reconnaître le monde. Ne trouvez-vous pas, monsieur Amy, qu'il fait froid, tout également?
— Je ne m'en aperçois pas dans un gros habit, et Ton se réchauffe en marchant.
— Sans doute ; mais ça ne sent rien bon du côté de la montagne, tout également.
La conversation entre les deux hommes fut interrompue par l'arrivée de trois jeunes filles, qui les saluèrent en passant. Elle se donnaient le bras, riant et causant à haute voix.
— Bonsoir à vous trois, leur dit Joaquint; vous êtes bien joyeuses ?
— Pourquoi pas? Il vaut mieux rire que pleurer, répondit une des trois.
— Ces jeunes personneis sont-elles du village? demanda l'oncle de René.
— Oui ; j'ai cru reconnaître Adeline Bamet, Louise Relèche et la petite Constance Jaquemot.
— Que font-elles dans la rue à une heure aussi tardive et par la nuit sombre?
— Pardine î elles se promènent. Le dimanche au soir, c'est leur habitude. Je ne trouve pas cela bien convenable, quand môme elles sont trois. Elles s'occupent sans doute de leurs toilettes pour la fête qui aura lieu dans quinze jours. Au revoir, monsieur.
— Bonsoir, Joaquint, Voulez-vous dire à votre femme de venir un peu de bonne heure demain?
— Parfaitement.
Joaquint Meroud continua dans la direction de sa demeure; Amy Lorand prit d'un autre côté. Cette fois-ci, sa promenade le conduisit devant la maison Pasche. Il n'y avait de lumière qu'à la chambre de la