CHAPITRE VllI
René se considérait comme fort au-dessus de ces sortes de personnes. Quand donc il s'ennuyait trop le dimanche au soir, il allait causer dans quelque maison du village. Comélie lui demanda, au bout d'un moment, si Rosette avait quelqu'un chez elle.
— Non, elle est seule avec sa mère: l'une déblotte la Feuille religieuse, dont elles ont un grand coffre tout plein au grenier; l'autre dévore quelque nouveau livre intéressant; car elles ne savent faire que ça le dimanche, après souper.
— Je vais voir, reprit Comélie , si tu dis la vérité , beau monsieur, et demander à Rosette ce qu'elle a décidé pour la fôte. Il s'agit pourtant de nous entendre ; c'est le moment.
— Tâche au moins qu'elle dise oui, fit René.
£t Lothaire ajouta :
— J'offre de la conduire à la danse.
— Bien obligé , mon cher dragon , lui répondit René ; ce soin me regarde. Je suis de la maison. — Tu vas seule, Cornélie ?
— Oui ; ce n'est pas si loin.
— Pas de ça ! je retourne avec toi ; tu pourrais faire un mauvais rencontre. Adieu , Lothaire ; bonsoir à tous.
Cornélie et René s'acheminèrent donc ensemble chez Rosette. Le père Belot trouvait cela très naturel , ou n'y mettait aucune importance. — Monté du lac jusqu'aux premières collines du Jura, le brouillard rendait maintenant la nuit très sombre, en sorte que les d^yx jeunes gens marchaient à côté l'un de l'autre, aussi
rapprochés que possible. Comme ils arrivaient à vingt pas de la maison Pasche :
— Prends garde , dit subitement René ; il y a là un tas de branches; tu pourrais t'égratigner le visage. Il fait aussi noir que dans un four.
Afin d'empêcher un accident du reste peu probable, René passa vite un bras à la taille de Comélie et la serra contre lui en obliquant à gauche; puis il la iconduisit ainsi jusqu'à la porte. Lorsqu'elle fut entrée chez Rosette, René s'assit à la cuisine , afin d'être prêt à raccompagner de nouveau quand elle sortirait.
— Je viens, dit Comélie après quelques mots échangés de part et d'autre , demander à Rosette si nous pouvons compter sur elle pour la fête : c'est-à-dire, nous y comptons.
— Que me conseilles-tu, ma mère ? dit Rosette.
— Je te laisse libre ; c'est à toi de décider. Tu n'es plus en deuil. Si tu veux être de la jeunesse, fais ce que tu croiras pour le mieux. A ton âge, je sais bien que j'en étais chez nous.
— Si je vais avec vous, reprit Rosette en s'adressant à Comélie au bout d'un tnoment de silence , je veux être libre de quitter la danse quand cela me conviendra. Je n'entends pas du tout m' engager à passer la nuit hors de la maison.
— Mais, c'est bien clair 1 ma chère; on en prend ce qu'on veut. Moi, je ne m'engage à rien non plus ; je veux pouvoir aller et venir comme il me plaira. Par exemple, nous dînons tous ensemble à midi , le premier jour ; cela se doit aux.garçons, comme ils accep-