‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 51 sur 177 · LES CHARGEURS DE FOIN · texte numérisé non relu

LES CHARGEURS DE FOIN

Malgré ce qu'avait dit Amy Lorand sur les danses publiques dans les villages, Rosette s'était donc déci* dée à faire partie de la fête qui devait avoir lieu prochainement à Croset. Après deux années de deuil, elle retrouvait sa liberté de jeune fille , et le premier usage qu'elle en faisait, c'était pour retourner à des ' plaisirs mondains, que, du reste, elle avait quittés d'une manière provisoire, sans aucun engagement pour la suite. Mais, au fond, c'était bien triste. On aurait pu inférer de ses questions adressées à Ami Lorand sur ce sujet, qu'elle comprenait mieux les conseils de la sagesse , et qu'elle n'était pas éloignée de les accepter comme venant de Dieu. Toutefois, dans sa récente décision, il faut tenir compte de sa position particulière et de tout ce qui la préoccupait depuis quel-

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que temps. L'idée de se singulariser en ne faisant pas comme les autres filles, n'était point ce qui l'entratiiait dans un divertissement public. Non, Rosette, franche comme nous la connaissons, était capable de rompre avec ce que sa conscience lui disait être mauvais, quelle qu'en dût être la conséquence pour elle. Dans le cas en question , elle n'avait pas encore vu , pas encore compris suffisamment, qu'elle mettait le pied dans ce qui a l'apparence dumal. Se sentant libre, elle s'avançait du côté qu'elle aurait dû fuir. Et puis, elle voulait examiner René au milieu de toute cette jeunesse , le voir libre, lui aussi, et se faire une idée juste de ce dont il était capable. Enfin elle tenait beaucoup à connaître par elle-même l'opinion qu'on avait de lui dans un cercle pareil. Puisque, deux fois déjà, René s'était présenté comme visant à obtenir sa main, et que sa mère paraissait disposée en sa faveur plutôt que le contraire. Rosette vit presque un devoir à étudier René de plus près, durant deux ou trois jours. Dans cette réunion bruyante et joyeuse , plusieurs autres jeunes hommes pouvaient lui servir de points de comparaison , et l'aider à prendre une décision. Si donc, en cette occurence, Rosette manquait de la sagesse chrétienne qui ne discute pas avec Dieu, mais accepte franchement ce qu'il nous dit dans sa Parole et par son Esprit, on doit reconnaître pourtant qu'elle agissait avec droiture, avec sincérité, même avec une sorte de dj^érence filiale, recommandable par quelque côté. Nous souhaitons seulement qu'elle ne paye pas trop cher l'expérience acquise.

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