CHAPITRE IX
Peut-être jusqu'à ce jour, moins avancé que Rosette dans la connaissance de Dieu, Charles Maubert avait dès lors fait un pas immense en avant. Il avait suffi de très peu de temps pour un si grand changement. La semence divine était tombée dans un cœur honnête et bon, dans une terre bien préparée. L'enseignement présenté à Charles par Amy Lorand dans la matinée de ce dimanche^ avait porté la lumière dans son âme, et maintenant il se sentait adopté de Dieu à cause de Jésus-Christ. C'était la foi jeune , ardente , joyeuse du nouveau chrétien ; le bonheur du fils dans la maison paternelle ; le sentiment de l'esclave auquel on dit : Va, tu es libre ; cours dans le chemin de la vérité et de la paix. — Durant une partie de l'après-midi, après avoir donné à son père les soins réclamés par son état, Charles s'était promené seul dans la campagne, pensant toujours au salut parfaitement gratuit offert à tout homme, mais ne le saisissant pas encore dans son cœur. De retour à la maison, il s'enferma dans sa chambre, se jeta à genoux et demanda au Dieu révélé par Jésus de pouvoir se donner franchement à lui. Il se releva ayant la paix. L'Esprit-Saint descendait en son âme par ce baptême incompréhensible, mais certain , que tout disciple de Christ reçoit et dont il lui est impossible de ne pas éprouver l'influence régénératrice. Le monde appelle cela une émotion religieuse, une manie religieuse, une sorte d'exaltation: nous ne devons pas nous en étonner. Avec l'esprit qui le dirige , le monde ne peut comprendre les choses de Dieu. Elles lui paraissent une folie. Ah !
si seulement les chrétiens étaient tous fidèles à faire valoir le talent qui leur a été confié! Mais combien qui le tiennent soigneusement caché dans un linge ou l'enfouissent dans la terre, tandis qu'ils devraient montrer par toute leur vie la lumière qu'ils ont reçue !
Les conversions si promptes sont rares , en pays christianisés surtout ; il s'en produit cependant, à la gloire de Dieu, et l'on peut affirmer que ce ne sont pas les moins belles. Quand on est venu tout d'une fois à l'Evangile , si l'on peut ainsi parler, la vie chrétienne en conserve une touche plus ferme, plus directe; elle parle plus haut que beaucoup d'autres ; son action a plus d'autorité sur les incrédules. Mais, hélas ! souvent aussi le converti de cet ordre, ne se méfiant pas assez de lui-même, peut faire des chutes profondes, dont le retentissement est d'autant plus grand et produit d'autant plus de mal , que celui qui l'a causé était considéré comme le soutien moral et le directeur de ses frères. Pour être gardé dans la fidélité et l'humilité, la meilleure place est de se tenir aux pieds du Sauveur.
Dans la soirée dont nous venons de parler à la fin du chapitre précédent , Charles Maubert était venu chez Amy Lorand pour lui ouvrir son cœur et lui exprimer sa joie, précisément à l'heure où Rosette s'engageait à danser avec les garçons, et où son futur prétendant passait un bras à la taille de Cornélie pour l'empêcher , disait-il , de se cogner contre un tas de bois.
Dès le lendemain, les travaux de campagne reprirent leur cours. Amy Lorand essaya de remettre en