‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 53 sur 177 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ordre la clôture de son plantage , et il y réussit. Cela lai prit plusieurs jours. Il est vrai qu'il n'y allait pas avant déjeuner et qu'il en revenait le soir de bonne heure, non pas comme un ouvrier travaillant à la journée, mais prenant son outil ou le laissant, selon qu'il s'y sentait disposé. La haie était épaisse , mal taillée, ayant poussé des rejets de toute espèce, en dedans et en Qehors. Les escargots se cachaient dans les feuilles mortes , accumulées sur la terre entre les plantes ; les taupes et les mulots y établissaient leurs domiciles souterrains , tandis que le muscardin préparait sur une branche le nid de mousse ^ rond comme une boule, dans lequel il dort transi pendant l'hiver. La belette avait aussi par là des entrées et des sorties. Malheur aux oiseaux qu'elle surprenait sommeillant ou inattentifs !

Armé d'une pioche que Charles Maubert lui avait prêtée, Amy réduisit sa haie à l'épaisseur d'un demi pied seulement, et la rabattit avec la scie à une hauteur convenable. Dès lors, l'air et le soleil pénétrèrent dans le petit clos. On dira peut-être qu'Amy Lorand se conduisait ici en barbare; que sa vieille haie, haute de huit pieds et large de quatre, aurait dû être conservée en ce bel état. Elle faisait si bien dans le paysage et ser^rait d'asile à tant d'animaux. C'est possible. A bien des égards aussi, je regrette les cépées disparues. Mais il est des cas où le cultivateur ne peut hésiter entre ce dont il a besoin et ce que les animaux réclament. Le labourage d'un champ ne prépare la terre pour le blé, qu'à la condition de détruire des millions d'in-

sectes destinés à lui nuire. Tout ne peut être poésie ici-bas. Et quand l'heure du dîner arrive pour un estomac affamé, le plus grand admirateur de ]a nature préfère une table bien servie à toutes les magnificences de notre pays.

Lorsque Charles Maubert revenait chez lui vers le milieu du jour et passait à côté du plantage d'Amy Lorand , ils cheminaient ensemble jusqu^à la maison. C'était avec reconnaissance envers Dieu que le vieux serviteur constatait le changement véritable de Charles. Il ne s'en attribuait point le mérite , car il savait bien que Dieu seul peut faire pénétrer dans le cœur l'enseignement desvérités du salut. Mais l'expression du bonheur de Charles était si douce !

La haie une fois terminée, il fut convenu entre eux que Charles ferait le minage de tout le fonds et qu'il s'y mettrait sans retard. Amy Lorand comprit que ce travail exigeait des bras plus habitués que les siens a la grosse fatigue.

Vers la fin de la semaine, Villioud arriva subitement un matin, vers les neuf heures, pour emmener le foin qu'il avait acheté du père Belot. Il venait avec deux chars et désirait repartir tout de suite après dîner. Gomme il n'avait pris avec lui qu'un seul ouvrier, et qu'il fallait être au moins cinq hommes pour expédier la besogne en trois heures de temps , Pancrace alla demander du renfort dans les maisons voisines. Il ne trouva personne ; tous les jeunes gens étaient à leurs occupations hors du village, et Lothaire au bois. Belot pestait contre son acheteur, qui, disait-il, aurait

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