‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 55 sur 177 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

— A ta santé, Cornélie. Merci ; je n'en veux pas davantage pour le moment.

L'ouvrier de Villioud fut ensuite abreuvé largement, pois Cornélie se rendit vers les deux autres.

— A la tienne, ma toute belle, loi dit René en portant le verre à ses lèvres Donne-m'en un second. Là, merci. — £h ! là haut! tu n'as pas soif?

Villioud répondit du milieu d'une brassée de foin :

— On dirait que tu as envie de m'étouffer I Tu me lances le foin par-dessus la tête.

— Tu veux donc boire ?

— Certainement, et à la santé de M^*« Cornélie.

— Tiens donc I veille-toi la bouteille.

René la lança de manière à ce que Villioud la reçut dans la main , sans en verser une goutte, bien qu'elle n'eût p^s de bouchon. Ensuite, il lui jetta le verre. Cornélie attendit que Villioud pût lui rendre les objets fragiles en se baissant au bord du char. Elle s'approcha pour les recevoir, mais pendant qu'elle avait les bras en l'air , René ne manqua pas de lui passer un des siens autour de la taille, ce qui fit rire Villioud aux éclats.

— Voyez un peu le malin drôle I dit-il. Je ne te croyais pas si habile à saisir l'occasion. Je parie que tu es coutumier du fait. Qu'en pensez-vous, mademoiselle Cornélie?

— Oui^ c'est un rusé ; mais on le remettra à sa place, ajouta- t-elle. Et comme René se retournait de Tautre côté, elle lui prit lestement son chapeau et le lança sur le char. Villioud laissa retomber du foin sur

la tête nue de René, et Gornélie lui en jeta à son tour ni peu ni trop, puis elle s'enfuit en courant à la niaison. Lorsque les chars furent pressés, Lothaire arriva pour dîner. Il engagea Charles et René à se mettre à table avec la famille et Villioud; mais ils refusèrent, alléguant, Fun, que son père l'attendait ; l'autre, que sa maltresse ne comprendrait rien à son absence, puisqu'il était venu sans avoir pu l'avertir. Ils partirent donc ensemble, emportant les remerciements du père Belot, et Charles en particulier les salutations amicales de Cornélie.

— Alors, dit René à celle-ci : à moi, rien?

— Tu t'es servi toi-même, mon bel ami, en me jouant un tour.

— Ne me l'as-tu pas rendu ?

— Sans doute, je ne garde jamais ce qui ne m'appartient pas, dit-elle en regardant Villioud.

— Eh bien, à la bonne heure. Sans rancune, au moins! ajouta-t-il en tendant la main droite.

— Qui parle de rancune? Comme si l'on ne te connaissait pas !

Charles ne disait rien ; il pensait que c'étaient là des manières et un langage peu distingués, qui, selon les caractères et les occasions, peuvent n'avoir aucune importance, ou bien contenir en germe de mauvais principes, dont le développement graduel et irrésistible mène parfois très loin.

Au moment de se séparer de Charles, René lui dit :

— Ah, ça ! ce que j'étais chargé dé te dire l'autre soir, c'est que nous comptons sur toi, quand même tu

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