CHAPITRE IX
n*as pas mis de vin au tonneau de la Jeunesse. La chose est entendue ; il y en a assez pour tous.
— Non, merci , René. Mon parti est pris. Je ne rentrerai pas dans les divertissements publics. Ma vie est trop sérieuse: j*ai trop de devoirs à remplir, pour que je puisse les abandonner de cette manière.
— C'est donc tout de bon que tu refuses. Permetsmoi de te dire franchement que tu as tort. À ton âge tu ne devrais pas te singulariser. Qu'en auras-tu de plus, en fin de compte? Tu passeras pour môtnier, voilà tout.
— Ce n'est pas une si grave injure, non méritée d'ailleurs. L'important, pour moi, c'est de devenir un véritable chrétien comme ton oncle. Tu serais si heureux, si tu voulais aussi t'approcher de Dieu sincèrement ; il y a tant de bonheur à l'aimer, à faire sa volonté.
— Mon cher ami, reprit René, mon oncle est un digne et excellent homme ; je l'aime et le respecte comme s'il était mon père ; mais, à notre âge, il était aussi partisan des danses que moi. Crois-tu donc qu'il ne se soit pas amusé pendant sa jeunesse? Et aujourd'hui , pourquoi trouve-t-il mauvais pour nous ce qui était bon pour lui à vingt ans ? Crçis-moi, Charles ; laisse-là toutes ces idées creuses, et viens te divertir avec nous. Nous avons de jolies filles, tu verras comme elles seront charmantes dans leur costume de bal.
— Adieu, répondit Charles. Je connais le chemin dont tu parles ; il est tout bordé de fleurs ; mais il
cache des précipices, et je veux faire mon possible pour ne pas y tomber.
«c II est pris, se disait René en continuant seul ; mon oncle Ta converti. C'est une affaire faiteT Quel dommage, pourtant ! et quelle bêtise ! »