CHAPITRE X
UNE OUYERTU RE
La décision de Rosette, relativement à la danse, iit de la peine à Âmy Lorand. Il avait espéré d'elle autre chose ; mais il se souvenait aussi d'avoir été jeune, adonné aux plaisirs de ce genre, et il savait qu'il faut du courage pour se sortir d'un tourbillon qui vous attire d'autant plus vite que le cœur est, au fond, d'accord avec l'entraînement général. — Mais Rosette avait paru si convaincue de la vérité de ce qu'il dit un soir sur ce sujet ; elle le remercia si cordialement de sa visite et de ses paroles chrétiennes, qu'il avait pu la croire plus avancée qu'elle ne l'était réellement. En voyant son neveu tout joyeux de pouvoir la conduire au bal et d'être chargé de lui faire plaisir, de l'amuser, l'oncle finit par se dire que René plaisait
peut-être à Rosette, et que la mère de celle-ci ne répondrait pas par un refus s'il la demandait pour lui. Un soir, peu de jours avant la fête, il eut la visite de René. Amy Lorand venait justement de réfléchir à cela et s'en préoccupait. Il faisait froid dehors ; un vent de montagne , soufflant sur la plaine , annonçait l'arrivée de décembre, si bien nommé frimaire dans le calendrier de la première république française. Les bois étaient dépouillés; les oiseaux chanteurs, absents ou silencieux. Les bœufs et les vaches mettaient leur manteau d'hiver, ce poil épais, rude, qui se rebrousse en arrière sur le dos et leur donne l'air d'animaux sauvages. Dès ce moment de l'année, le renard tient à sa peau; il ne se montre plus de jour dans le voisinage des habitations. S'il est chassé dans les bois, il ne sort du fourré que pour traverser un chemin, et . encore a-t-il soin de donner un coup d'oeil sur la voie pierreuse, avant de descendre le talus et de la franchir lestement. S'il tombe de la neige et qu'elle reste tendre un jour ou deux, les chasseurs montagnards suivent la trace des martes, jusqu'à ce qu'ils en trouvent une dans le vieux nid haut perché d'un écureuil ou d'un oiseau de proie. On ne peut la voir d'en bas ; mais elle y est certainement, car la trace finit au pied de l'arbre. Le nid reçoit une décharge de grenaille, et l'animal, blessé ou seulement effrayé, le quitte à l'instant pour trouver la mort au moment où il met pied à terre. Il vaut la peine de rapporter à la maison cette belle fourrure. Mais c'est une chasse fatigante, d'une réus- ,site douteuse et qui, en tout cas, exige une parfaite