CHAPITRE X. H
connaissance des localités à parcourir ainsi que des habitudes de ce petit carnassier.
Puisqu'il fait froid à la rue, rentrons chez Amy IjO« rand. Ecoutons la conversation entre l'oncle et le neveu.
— Bonsoir, mon oncle. Quel temps de chien ! Ah I vous avez bien fait de mettre le fourneau et de l'allumer. Vous aurez plus chaud, avec moins de bois, que si vous aviez continué le feu sur la plaque de mol* lasse. Chez nous, U^^ Pasche ne me permet pas encore de placer le fourneau. Quand elle a une idée, on ne peut pas facilement la lui ôter. Elle n'aime pas les poêles de fer ; cette forte chaleur lui fait mal à la tête.
— Mo» Pasche est bien maîtresse de faire ce qu'elle entend dans sa maison, répondit simplement Amy. Et voilà donc Rosette décidée à te suivre diman* che à la danse?
— Oui, ça me fait bien plaisir, surtout puisque je suis accepté pour la conduire.
— J'aurais bien préféré pour vous deux une décision plus sage. Mais puisque vous ne voyez pas de mal à vous divertir de cette manière, allez! Vous ferez vos expériences. Moi aussi , je me suis amusé à votre âge ; si je goûtai parfois dans ces amusements quelque plaisir de peu de durée, j'y trouvai la source de bien des chagrins, dont j'ai souffert pendant longtemps. Mais personne ne me donna le conseil de m'abstenir, et de nourrir mon esprit et mon cœur de choses meilleures. Rosette Pasche et toi, vous avez
été avertis ; malgré cela, vous préférez marcher dans ce que la Bible appelle le chemin large. Plaise à Dieu que vous n'y demeuriez pas toujours !
— Finalement, quel mal voyez-vous à s'amuser comme nous comptons le faire ?
— Aucun, si tout se passe d'une manière honnête et convenable. Ce qui est à redouter, ce sont les tentations, les excès, de quelque nature qu'ils soient. Et il est presque impossible que vous ne fassiez pas des excès. Quand un jeune homme a trop bu, il n'est plus maître de lui-même. Si déjà , lorsque vous êtes de sens rassis , vous avez entre garçons et filles des rapports assez libres , des causeries nocturnes, peut-être même des familiarités peu convenables, comment résisterez-vous aux mauvais penchants, lorsque vous serez excités par le vin ? Toi , René, tu dois plus qu'un autre te tenir sur tes gardes. Je vois que tu t'emportes facilement; tu es passionné ; rien, dans tes sentiments, ne te pousse à demander à Dieu de te préserver du mal; tu te crois fort et ne comptes que sur toi-même. Cela me fait parfois trembler pour toi. Réfléchis à ta position et à la mienne. Si tu allais me faire un chagrin, je ne m'en consolerais pas.
— Je n'ai pourtant rien fait, mon oncle, pour que vous ayez de moi une si mauvaise opinion.
— C'est vrai. Mais je connais la faiblesse humaine, et, je te le répète, je vois à Croset des choses qui ne me plaisent pas. — Ces jeunes filles, qui se promènent de nuit, ces causeries un peu dans tous les recoins du village, tout cela n'a guère bonne façon. Si ton