CHAPITRE X
cœur était lixé^ si tu avais une bonne et franche inclination, je serais moins en peine.
— Eh bien, puisque vous parlez de ça, mon oncle, je vous avouerai que j'en ai une d'inclination.
— Tant mieux , si c'est vrai ; mais peut-être te faistu illusion à toi-même ?
— Illusion ! une drôle d'illusion !
— Penserais-tu vraiment à Jenny Gotlrau?
— A Jenny? oh ! pour ça, non, quoiqu'elle soit beaucoup plus jolie que Rosette. Je peux bien causer avec Jenny Gottrau , sans que cela porte à conséquence. C'est Rosette que j'ai choisie, et je l'aurai, si ça dépend de moi.
— Tu ne pouvais sans doute faire un choix meilleur ; mais c'est placer ton ambition bien haut. Pour une fille de village, Rosette est riche ; toi, tu n'as rien, ou à peu près rien.
— Alors , mes bras, mon intelligence, mon travail, tout ce que je fais pour la maison, ce n'est rien !
— Si bien , c'est quelque chose ; c'est même beaucoup ; mais, au fond, ce n'est que ton simple devoir.
— Vous pensez qu'un domestique ordinaire prendrait les choses à cœur comme je le fais? Allez-en donc chercher de ces domestiques !
— Ceux qui ne le font pas sont de mauvais serviteurs, incapables, maladifs, ou manquantdeconscience. Mais nous déplaçons la question. Aimes-tu véritablement Rosette , comme la personne que tu désires de tout ton cœur avoir un jour pour ta femme, c'est-à dire pour n'être qu'un avec elle ?
— Oui, je ne serai content que lorsque je l'aurai.
— Dieu veuille donc te rendre digne d'elle par toute ta conduite , et disposer ses sentiments en ta faveur ! Ce mariage me ferait un vif plaisir. M'autorises-tu, dans l'occasion, à parler de tes intentions à M°>« Pasche ?
— Certainement ; je vous en serai reconnaissant.
— Va dormir maintenant, et que Dieu te conduise ! Si tu le prends pour ton guide ^ tu ne marcheras pas dans le sentier du mal.
— - Bonsoir , mon oncle, dit René en se levant; je veux bien écouter vos conseils, car vous êtes bon pour moi.
Comme il rentrait à la maison , M"*« Pasche et Rosette lui trouvèrent quelque chose de plus doux y de plus serein qu'à l'ordinaire. Quand elles surent qu'il avait passé la soirée avec son oncle , elles ne furent plus étonnées de le voir si bien disposé.
Dans l'après-midi du lendemain , à l'heure où les femmes prennent le café au village, Amy Lorand vint chez M"<*® Pasche avec l'intention de lui en demander une tasse. Il pensait y voir aussi Rosette et causer un peu avec elle ; mais elle était allée avec Cornélie et d'autres jeunes filles à ***, pour acheter divers objets de toilette. Amy ne trouva donc que la veuve. René était occupé à la grange. Le café et le lait fumaient sur la table , prêts à être versés dans des tasses blanches à cercle vert. Soit que le voisinage du foyer allumé y fût pour quelque chose, soit que la visite d'Amy Lorand ne laissât pas d'être agréable à la veuve, il est