CHAPITRE X
de £ait que celle-ci avait de belles couleurs aux joues en ce moment , et que toute sa personne conservait encore un grand charme extérieur. Comme sa fille y M'A® Pasche savait toujours être bien mise et d'un extérieur irréprochable.
— Monsieur Amy, dit-elle en le voyant entrer, vous prendrez bien une tasse de café avec nous ? le voilà sur la table.
— Très volontiers, je venais vous la demander. Mais vous n'avez pas Rosette ?
— Non, je suis seule cette après-midi avec René. Il faut l'appeler , ajouta-t-elle en ouvrant la fenêtre : — René ! venez goûter.
— Je vais, merci, répondit-il.
— Je suis au moins bien aise, dit Amy, de voir que mon neveu est poli en vous répondant. Il ne l'est pas toujours avec vous, autant que je le désirerais.
— Peut-être ; mais c'est un brave garçon et un excellent travailleur. S'il devait nous quitter , nous aurions bien de la peine à trouver son pareil pour nos affaires.
— J'espère qu'il restera longtemps chez vous, reprit l'oncle, qui cessa aussitôt de parler , car on entendit le pas de René dans la cour , et en deux enjambées il eut grimpé l'escalier.
— Ah I mon oncle, bonjour ! Je ne vous savais pas ici.
— C'est bien possible : tu ne sais pas encore tout, et d'ailleurs j'arrive. Par extraordinaire , il m'a pris envie d'une tasse de café au lait , et M"« Pasche a la bonté de me l'offrir.
René eut bientôt avalé sa portion et redescendit Tescalier aussi vite qu'il l'avait monté. Amy Lorand reprit l'entretien au sujet de son neveu.
— Oui , dit-il , René m'a montré hier au soir de la confiance. Je ne demande pas mieux que d'y répondre et de lui être utile , car , après tout, c'est mon unique parent rapproché. Je compte bien lui laisser ce que je possède; mais, quoique sa conduite soit bonne, je voudrais lui voir faire des progrès dans la piété. Son cœur est encore plein de l'amour du monde et de la recherche des plaisirs. Tout serait gagné avec lui s'il comprenait que , sans la connaissance vraie de Jésus, il n'y a pas de bonheur véritable ici-bas. Il en est très loin, le cher garçon.
— René est jeune ; il travaille beaucoup ; c'est encore assez naturel qu'il aime à s'amuser. Vous savez que Rosette s'est décidée pour la danse?
— Oui, cela m'a fait de la peine, je l'avoue. Une décision contraire eût peut-être engagé René à suivre son exemple , tandis que c'est elle qui suit le sien. Je ne la blâme pas. Chacun doit agir selon qu'il est pleinement persuadé en son esprit. Mais puisque nous parlons de ces jeunes gens, je dois vous mettre au courant de ce que René m'a dit hier au soir. Il m'a avoué qu'il se sent une vive inclination pour votre fille. C'est une chose bien grave, pour vous et pour eux. J'ai pensé que je devais vous en prévenir tout de suite. J'ignore quels sont les sentiments de M"« Rosette ; je ne sais même pas si elle est instruite de ceux de René.
— Oui, elle les connaît; René lui a parlé.