CHAPITRE PREMIER
fait, Etienne et Polognan commencèrent à porter cette récolte sur le pressoir, situé dans un hangar voisin. René trayait les vaches. Voyant qu'il n'était pas nécessaire autour des cuves, Joaquint s'en alla chez lui, reposer son dos enraidi et ses jambes fatiguées. La nuit venue, Polognan se retira aussi. René et Etienne res* tèrent donc seuls à veiller au pressoir, portant le moût dans les futailles sur les chars, ou tournant à la barre pour écraser le marc de raisin. Charles Maubert vint de nouveau offrir ses services ; mais René refusa, disant qu'il fallait les réserver pour une autre occasion. Rosette vint aussi pendant que Charles était là ; elle apportait du vin et quelque chose à manger aux deux hommes. René avait la confiance de sa maîtresse pour soigner la récolte, vendue à un marchand dont les caves étaient à une lieue de Croset; elle le laissait donc faire comme il l'entendait, sans trop s'inquiéter du caractère difficile et emporté de son jeune domestique.
Charles Maubert salua poliment Rosette, mais n'engagea pas de conversation avec elle. Il s'en alla bientôt, regrettant de ne pouvoir être utile à M™» Pasche. René, au contraire, cherchait à faire causer sa jeune maîtresse, pour qu'elle restât plus longtemps avec eux. Etienne étant sorti subitement. Rosette se trouva seule avec René. Afin de bien lui montrer qu'elle n'avait pas peur, elle s'avança, un verre à la main, pour goûter le moût. René s'approcha aussi du pressoir, et comme elle tenait le verre sous le goulot, il la prit des deux mains par la taille.