CHAPITRE XI
LA MÈRE EAPRUNTEUSE
De retour chez lui, Amy Lorand ralluma le feu de son poêle et ne tarda pas à se plonger dans ses réflexiq^s sur la démarche importante qu'il venait de faire. Maintenant, il pouvait compter sur Tassentiraent moral de la veuve aux désirs de René. C'était un grand succès obtenu sans peine. Que René se montrât digne de Rosette et les choses marcheraient bien pour lui. Mais là était le difficile, vu le caractère du jeune homme.
' Les larmes de Marie Pasche avaient rappelé à Amy celles qu'ils versèrent ensemble lorsqu'il s'éloigna du pays avec l'espoir de lui offrir quelque jour une position acceptable. Ce beau rêve s'était évanoui. Pressée par ses parents, obsédée de divers côtés/Marie Loiseul, à vingt ans , rendit à l'absent sa liberté , et donna sa
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main à un homme riche , beaucoup plus âgé qu'elle, • et d'ailleurs bon et affectueux. Aujourd'hui, Amy la retrouvait libre, bien conservée, presque belle encore, mais avec des devoirs positifs de mère , comme il en avait aussi à l'égard de son neveu. Puis, les besoins de son âme n'étaient plus les mêmes qu'autrefois. Des convictions nettes, bien arrêtées dans son esprit, dirigeaient sa vie. Marie Pasche, au contraire, n'avait pas beaucoup changé : religieuse extérieurement, aimable femme de paysan, sans rien de plus marqué. On a pu voir déjà que sa fille était douée d'un caractère fort, avec plus de profondeur.
Cependant, Amy Lorand n'avait pu se retrouver en tête-à-tête avec Marie Pasche, et parler comme il l'avait fait, sans éprouver aussi une vive émotion. Son vieux cœur d'homme lui disait que, les jeunes gens une fois mariés, il pourrait peut-être proposer à Marie Pasche de venir habiter sa maison et embellir le reste de sa vie. Couler ensemble des jours d'automne, même ceux de l'hiver de l'âge, dans une mutuelle affection, n'est pas la moins belle part de l'existence humaine. Quand on est deux pour s'aimer, pour s'encourager, pour se promener au soleil s'il fait beau, ou passer la soirée à causer et à lire, le cœur s'épanouit ^ de joies pures, paisibles, et bénit l'Auteur de toutes grâces. Celui qui, même dans la vieillesse, couronne de biens ses enfants. On peut appliquer à deux époux heureux sur les bords de la tombe ce vers d'un poète qui s'adresse k l'océan :
Les jours sont doux prës de tes flots amers !