‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 64 sur 177 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

des fois depuis un mois. Toujours content et d'humeur placide , Joaquint laissait couler le torrent tant qu'il avait de Teau, après quoi, il concluait par une réflexion juste et honnête, où sa locution favorite ne manquait jamais de trouver place au commencement ou à la fin, parfois même aux deux endroits.

Le*soir en question, les réflexions d'Âmy Lorand furent interrompues par une visite qu'il n'attendait pas. Pour la première fois, la mère de Jenny Gk)ttrau vint frapper à sa porte. Amy s'empressa d'ouvrir.

— Bonsoir, monsieur Lorand, dit cette ifemme ; auriez- vous la bonté de m'accorder un moment d'entretien ? Je voudrais vous parler de quelque chose.

— Entrez ; voilà une chaise.

Pourvu qu'il ne soit pas question de sa fille et de René ! pensa l'oncle en la faisant asseoir.

— Merci bien, monsieur Lorand. Je venais auprès de vous de la part de mon mari, pour vous prier d'un service, mais ce ne serait pas pour longtemps ; seulement quinze jours ou trois semaines. Nous avons un porc à vendre, bien joli ; mon mari pense qu'il pèse au moins deux cents ; mais comme il mange tant bien à présent, nous trouvons que ce serait dommage de ne pas le garder jusque vers Noël. C'est un bressan croisé, qui a le poil aussi fin qu'une souris : vous savez que c'est la toute bonne espèce. Nous en avons un autre, son camarade, bien joli aussi; une femelle, moins pesante naturellement que le mâle. Pourtant, le fruitier pense qu'elle ne va pas loin des deux cents livres non plus, parce qu'elle est profonde sur le de-

d34 DEUXIÈME PARTIE.

vant. Alors, celle-là, nous là gardons pour nous, sauf un jambon qu'on vendra. Quand nous avons acheté ces deux animaux, le mois d'avril passé, ils n'étaient pas plus gros que des chats : comme vous voyez, ils ont bien profité; mais nous avons eu beaucoup de pommes de terre, et aussi de l'orge et du blé noir. C'est pour vous dire, monsieur Lorand, qu'on n'a rien sans peine en ce monde. Nous n'avons pas pu les payer en entier, et maintenant, le marchand qui les a vendus ne veut plus attendre pour le reste qu'on lui doit. Il nous a écrit qu'il passera demain matin et qu'il compte sur notre argent, sans quoi, il menace mon mari de reprendre un des cochons pour se payer. Jugez quel affront ce serait pour nous ! mon mari n'a pas osé vous en parler lui-même: cette lettre du marchand l'a tout bouleversé. Monsieur Lorand, vous qui êtes bon et charitable, voudnez-vous nous prêter, pour un mois au plus, les soixante francs dont nous avons besoin? Nous vous en payerons l'intérêt, comme de juste, et vous nous rendrez un grand service. Je vous dis la chose telle qu'elle est.

Amy avait écouté ce long discours avec quelque impatience ; la demande d'emprunt lui était désagréable ; il ne savait trop que faire. Mais d'abord il répondit :

— Vous auriez mieux fait de vendre votre porc et de payer ce que vous devez au marchand ; c'est encore le conseil que je vous donne. Quand on peut se tirer 4'afraire par soi-même , sans recourir à un emprunt, »cela est bien préférable.

— Certainement , monsieur Lorand ; nous n'aimons

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