CHAPITRE XI
pas à emprunter ; mon mari a horreur des dettes. Mais si nous vendions notre bète comme ça subitement , ce serait une perte. D'ailleurs , nous ne saurions pas à cpaâ la vendre, d'ici à demain matin. Si vous vouliez Tacheter, à prendre dans un mois, et nous faire l'avance que je vous demande, cela nous conviendrait.
— Qu'en ferais-je? un homme qui vit seul n'a pas bes(»n de deux cents livres de porc salé.
— C'est clair. Monsieur Lorand, faites - nous ce service, je vous prie. Nous en serons reconnaissants.
— Je ne puis absolument pas me mettre sur le pied de prêter ainsi de l'argent, reprit Amy; je trouve que vous n'avez pas agi d'une manière raisonnable dans cette affaire. Vous y avez mis un amour-propre déplacé. Mais je veux bien , pour une fois , vous tirer d'embarras. Yoici les soixante francs que je vous prête pour un mois, sans intérêt, mais sous la condition qu'à l'avenir vous agirez avec plus de sagesse et de conscience.
— Je vous le promets ; cela n'arrivera plus. Vous nous faites un bon service. Dieu vous en récompensera.
— Ce n'est pas du tout en vue d'une récompense que je consens à votre demande. Je suis bien aise de pouvoir vous obliger ; mais , je le répète, il me serait absolument impossible de recommencer une autre fois.
— Fautril vous faire un billet sur papier timbré*?
— Non , deux lignes sur papier ordinaire , avec la signature de votre mari.
La femme reçut les trois pièces de vingt francs et les mit dans sa poche.
— Maintenant , monsieur Lorand , je voudrais vous prier encore d'une chose. Vous connaissez Jenny, ma fiUe aînée. La voilà sur ses dix-huit ans. Nous voudrions lui trouver une bonne place , mais pas trop loin. On dit que c'est si dangereux pour les jeunes filles, quand on les envoie à l'étranger dans de grandes maisons ; et malheureusement on en a plus d'un exemple dans la commune. Par hasard , Jenny est une fille sur qui l'on peut compter. Elle a été élevée dans de bons principes et a un charmant caractère. Outre qu'elle a du goût pour la cuisine , elle sait bien travailler de ses doigts. Si vous entendiez parler d'une jolie place dans les environs , chez des gens comme il faut , je me recommande.
— A cet égard , je ne puis guère vous être utile ; j'ai été si longtemps absent du pays, que je ne connais presque plus personne dans les localités voisines. Mais puisque vous me parlez de votre fille » je dois vous dire qu'une fois placée comme domestique , elle devra renoncer à beaucoup de choses qu'on permet ou qu'on tolère au village, mais qui soiit formellement défendues dans une bonne maison. On ne lai permettra, ni d'aller danser, ni de s'arrêter pour causer dans la rue, etc., etc.
— J'en serai bien aise, monsieur Lorand, car je n'approuve pas cela. Pour quant à ladanse, pendant qu'une fille est encore chez son père et sa mère, on ne peut pas la priver de cet amusement. Toutes les filles d'ici vont