‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 69 sur 177 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

un si bon fils pour le soigner, c Mais je lui suis un bien grand embarras dans sa vie, » se disait-ii parfois. Ouvrant le Nouveau Testament toujours à sa portée, il lut le récit des souffrances et de la mort de Jésus, puis il continua jusqu'à la fin de l'évangile. Jamais il n'avait aussi Inen compris que le Christ a tout accompli et qu'il est vivant pour la justification du pécheur qui croit en lui. Sa lecture terminée, il se mit à prier. En ce moment, Amy Lorand ouvrit la porte donnant sur la rue et demanda s'il pouvait entrer.

— Oui, sans doute, répondit le paralytique. Vous me trouvez dans un état d'àme bien joyeux, continaa-t-il. Je crois que Jésus est le Christ, le Sauveur du monde. Voyez, chacune de ces paroles me semble vivante. Les prières de mon fils scmt exaucées ; bénissez avec moi le Seigneur. Il a eu pitié d'un pauvre pécheur. S'il n'a pas guéri mon corps, comme il le fit pour le malade de Béthesda, il a racheté mon âme de la condamnation et il me dit aussi : Vas en paix ; tes péchés te sont pardonnes.

En écoutant ce vieillard devenu croyant, Amy Lorand bénissait Dieu. Il avait la conviction que le Saint- Esprit descendait dans l'âme de cet afQigé, pour y faire sa demeure, la réjouir et la sanctifier. Les moments trop courts qu'il passa là furent pour lui-même une bénédiction. Quand il sortit de la maison, ce fut pour aller annoncer à Charles une si bonne nouvelle.

Le père Maubert continua d'élever doucement son cœur à Dieu ; son regard cherchait en esprit la croix

de Jésus, la vue de Jésus ; il écoutait les dernières paroles du Sauveur et s'en nourrissait»

Lorsque Charles fut de retour, son père avait les mains jointes, les yeux fermés. La paralysie, montant au cerveau, y avait posé sa main glacée; le cœur avait cessé de battre. ÂtTranchi du péché, dégagé de son enveloppe terrestre, l'esprit s'était élevé aux demeures du ciel. Â la dernière heure, Jésus était venu chercher un des siens, destiné à la vie éternelle.

Charles poussa un cri et se jeta à genoux vei*s le lit. Il sanglotait encore, lorsque Âmy Lorand entra aussi. D'un regard il comprit tout. Prenant Charles par la main, et de l'autre lui montrant le ciel :

— Courage, lui dit-il. Nous irons aussi vers le Seigneur quand irnous appellera, et là-haut nous retrouverons votre père. Rendons grâces de ce qu'il a cru du cœur en Jésus. Il a quitté ce monde en paix, heureux pour toujours ; dans la présence de Dieu, il jouit du repos des saints.

— Oui, oui, je sens bien tout cela» disait Charles; mais je n'ai pas reçu la bénédiction de mon père; je n'ai pu le soigner dans ses derniers moments.

— Cher ami, soyez sûr qu'il n'a pas été seul. Quand je l'ai vu, il vivait déjà dans le ciel. J'ai le ferme espoir qu'il est parti sans agonie, dans une parfaite paix, et qu'il vous a béni.

La nouvelle de la mort subite du paralytique se répandit en peu de temps dans le village. M^o^ Pasche fut une des premières à venir serrer la main à l'orphelin et lui témoigner de la sympathie.

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