‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 70 sur 177 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

— Pauvre enfant ! dit-elle en parlant de Charles avec Âmy Lorand qui l'accompagnait au retour chez elle, le voilà seul maintenant.

— Oui, comme moi, répondit Amy; mais celui qui vit dans la communion de Jésus n'est jamais seul.

— Voulez-vous, monsieur Lorand, dit Rosette qu*ils trouvèrent à la fontaine devant la maison, dire à Charles mes amitiés? Je me mets bien à sa place. Mais il est heureux de vous avoir pour l'encourager et le consoler. Vraiment, si je n'avais pas promis d'aller avec les jeunes gens après demain, je crois que je dirais non aujourd'hui. Cette mort assombrit toute la fête.

— Et pourquoi donc ? reprit à l'instant René qui

était aussi là. Charles n'est pas des nôtres. Son père étant infirme, la mort est pour lui une délivrance. Amy regarda son neveu et ajouta :

— Une délivrance, oui, certainement ; mais parce qu'il avait donné son cœur à Dieu avant de mourir. Toute autre mort n'est pas une véritable délivrance,

car de Tautre côté du tombeau le pécheur rencontre la justice de Dieu. J'espère bien, René, que vous aurez des égards pour votre camarade en deuil. L'ensevelissement aura lieu dimanche, à deux heures; Charles m'a chargé de te prier d'y assister.

— A deux heures I mais ça va porter à trois pour le moins et ce ne sera terminé que vers les quatre heures. Or> c'est à ce moment^là que nous nous réunissons pour la danse.

— Oh ! René, dit Rosette, comment pouvez-vous

parler ainsi? Vous me donneriez presque l'idée que vous manquez de cœur. Qu'est-ce que cela fait donc de commencer une heure plus tard? Cela me semble, au contraire, bien convenable. Tenez, rien que ce que vous venez de dire me dégoûte de la danse pour dimanche. Est-ce qu'on ne pourrait pas la renvoyer de huit jours ?

— Mais c'est impossible I continua René sur un ton assez voisin de l'emportement. Les musiciens sont engagés ; les viandes commandées. Tout est prêt. Ça ne se renvoie pas ainsi. D'ailleurs, ce n'est pas la première fois qu'on danse le jour d'un enterrement: qu'est-ce que cela peut faire au mort?

— Rien, en effet, dit l'oncle; mais je suis bien de votre avis, Rosette. Par ce seul détail, vous voyez déjà un côté fâcheux des divertissements de cette nature, dans un village où tous les habitants sont presque des voisins. Ce n'est pas par manque de cœur que René s'est exprimé comme il vient de le faire, j'en suis convaincu ; il subit le poids du joug qu'il a chargé sur ses épaules, le joug des amusements mondains. Il verra que tout n'est pas plaisir à le porter. Charles sera sensible à l'expression de votre sympathie ; au revoir.

Quand il y a un mort dans une maison, il est d'usage qu'une personne veille pendant la nuit. Joaquint offrit ses services dans ce but ; Charles accepta, depuis minuit seulement, son désir étant de rester debout jusqu'à cette heure. Amy vint passer la^soirée avec lui. Le jour suivant, il lui fut aussi en secours de plu-

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