CHAPITRE XII
Ce n'est pas Charles Maubert qui m'envoie auprès de vous, ne ]e pensez pas. Je suis venu de mon propre moavement. René, je compte sur toi pour que le bruit ne recommence pas ici.
— C'est pourtant l'usage, dit Jean-Jules JuUiard, qu'on vienne au tonneau avec la grosse caisse et le tambour. Ça se fait toujours. Nous sommes bien fâchés qae Charles Maubert ait perdu son père, mais nous n'en pouvons pas davantage.
— Oui, mon oncle a raison, dit René. Nous pouvons très bien ne battre la caisse qu'à une distance raisonnable de la maison.
-- En route, marche!
Ce commandement, donné par Lothaire, fut exécuté à l'instant. Bientôt après:
— Musique !
Et tambour de rouler, grosse caisse de résonner.
<K Voilà donc ce que j'ai fait aussi à vingt, ans, se disait Amy, resté seul à la rue. Pourquoi condamne^ rais-je ces jeunes gens I Mais comment les a-t-on élevés ? Et quels sont les principes de leurs parents ? Personne dans leurs familles n'a donc essayé de leur faire comprendre l'inconvenance, la grossièreté de leur procédé ? Alors, il ne faut plus s'étonner s'ils savent à peine saluer un supérieur qu'ils rencontrent. Ils n'ont pas même la plus simple notion du respect qu'on doit aux morts. Ah ! c'est triste ! triste ! Il faudrait enseigner à ces jeunes hommes l'Abc de l'éducation. Par quel bout s'y prendre et comment leur être utile? »
Pendant qa'Amy faisait ces réflexions, la troupe joyeuse arrivait au cabaret avec sa provision de vin pour la soirée. On ouvrait ainsi la fête. Bientôt Jean- Jules JuUiard ne put s'empêcher de dire à haute voix, en s*adressant à René:
— Sais-tu bien que le discours de ton oncle sentait le mômier d'une lieue. Ma foi, qu'il ne s'avise pas de nous venir sermonner de la sorte un autre jour ! Ses opinions sont bonnes, mais pour les gens de l'autre monde. Vive la liberté !
Puis il se mit à chanter :
Encore un demi-pot de vin,
Pour nous remettre ;
Pour nous remettre , Encore un demi-pot de vin, Pour nous remettre tous en train!
Veille à côté de ton père mort, chrétien dans la tristesse. Je préfère cent fois le deuil, tel qu'il est dans ton âme, à toutes les folles joies de cette jeunesse. Il y a une grande paix pour ceux qui aiment le Seigneur. Pour eux, toute épreuve est bénie. Ne portons pas envie aux insensés, mais considérons la fin des choses visibles. Il reste un repos pour le peuple de Dieu, comme il y aura jugement sur tout homme, quand la dernière trompette sonnera.
- ria ^K S-r .