‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 76 sur 177 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

h méprisent et la repoussent, de la certitude prochaine et inévitable de la mort, tout cela était déjà bien loin de leur esprit. Amy Lorand ne leur disait hen, car il ne voulait pas jeter les perles devant les pourceaux. Il essayait de causer avec Charles, lorsque les autres ne le questionnaient pas. Enfin, deux des parents commencèrent à se lever, comme s'ils allaient partir ; mais ils prirent encore un verre étant debout et causèrent de nouveau un bon moment de cette manière, ce qui embarrassait bien davantage Souky Meroud, venue pour mettre les manteaux et attacher les crêpes. Elle était impatiente de leur voir à tous les talons et ne savait comment s^y prendre pour expédier ces harpies, lorsqu'elle dit tout à coup :

— Je crois qu'il n'y a plus de vin dans les bouteilles ; je vais donc en débarrasser la table, n'est-ce pas, Charles ?

— Comme vous voudrez.

Immédiatement elle s'approcha des buveurs et enleva les bouteilles, parmi lesquelles une était pleine.

— attendez, ma brave femme, attendez un instant, dit un des hommes assis ; il y a encore du vin dans cette bouteille; donnez-la-moi. Nous la boirons à la santé de nous tous et du cousin.

Quand ce fut fait, chacun se leva. L'un alluma sa pipe, l'autre un cigare. Ils partirent enfin, comme des gens bien repus, mais qui, si on les en avait pressés, auraient volontiers passé encore deux heures à godailler dans cette maison mortuaire, au risque d'en sortir en trébuchant.

Quand on voit des choses pareilles, on se demande si ces gens ont une âme et ce qu'ils en font. Nous portons l'Evangile aux païens, aux sauvages, aux cannibales des îles Fidji, et certes nous ne faisons que notre devoir; mais qui saura parler au milieu de nous comme il le faudrait, pour réveiller ce peuple 1 La vraie mission est à nos portes ; elle est sous notre toit. Le temple, c'est souvent le désert ; les cloches et les sermons, des cymbales retentissantes. Il faut des hommes nouveaux, une prédication nouvelle qui frappe le cœur, atteigne la bonscience et amène le pécheur à Jésus-Christ. C'est la mort qui règne parmi nous, la grande et terrible mort spirituelle. Les cimetières ne renferment que des ossements; nos campagnes et nos villes sont habitées par des multitudes qui n'ont de chrétien que le nom, que la forme extérieure et encore pas toujours. La vie est absente; la foi n'existe pas. En Californie, le prédicateur prêche au milieu des places publiques, dans les rues, dans les repaires des joueurs et des voleura. Il nous faudrait des hommes tels que le missionnaire américain Taylor, qui disait un jour à son auditoire de San- Francisco : « Je n'ai pas choisi de texte pour mon sermon; vous le trouverez à cinquante pas d'ici, mortivre et couché dans la boue. :»

Charles Maubert accepta avec plaisir la proposition d'Amy Lorand, bien que le soir commençât à venir. Ils se dirigèrent du côté d'une colline assez élevée, d'où la vue est fort belle à cette heure du jour, même en hiver. Cette colline est rapide, inchnée au midi. Sur

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