‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 77 sur 177 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

sa pente chaude^ on a essayé la culture de la vigne, gui n'y réussit pas trop mal. Au sommet, se trouve un bosquet de chênes ; et derrière, un plateau avec des champs enfoncés et des prairies artificielles qui s'étagent par degrés. A droite, des ravins demi- boisés, au fond desquels est une source abondante qui sort de terre sans bruit et ne tarde pas à mettre en activité des moulins et des scieries. A gauche, le sol est aussi très déclive. En avant, mais beaucoup plus bas, un bois rejoint la plaine, après de nombreuses ondulations. Le sapin y élève sa pyramide sombre à côté du hêtre au dôme élargi et du chêne élancé dont les branches sont presques verticales. Cette belle forêt cachait autrefois sous ses ombrages un petit lac maintenant desséché. Les cigognes y faisaient des haltes au printemps, lorsqu'elles retournent au nord. La sarcelle y couvait ses œufs dans les herbes aquatiques. En été, le renard s'y promène de plein jour ; les pigeons y roucoulent; le loriot répond au promeneur qui contrefait son chant dans les taillis.

Nos deux amis grimpèrent au sommet de ce grand tumulus naturel. On dit qu'il y a là un ancien cimetière dont les tombes, peu profondes, sont toutes placées dans la direction de l'orient. Le cultivateur les renverse en rainant le sol; il jette au fond de sa tranchée les ossements qui ne sont pas réduits en poussière, et se sert des dalles brutes qui les entouraient pour construire des murs de soutènement. Puis, il plante des ceps de vigne. Quand il a récolté du vin, il en vend une partie et garde l'autre pour son usage

habituel, ainsi que pour les grands jours de mariage, de baptême et d'enterrement.

Arrivés là-haut, Amy Lorand et Charles Maubert jouirent d'un très beau spectacle. La plaine s'étendait à leurs pieds dans toute sa longueur, même loin par delà Genève. Un coucher de soleil magnifique embrasait le ciel de ce côté-là. Les reflets de cette grande coloration illuminaient les hautes Alpes. On n'entendait aucun bruit, esLcepté le murmure du ruisseau, coulant rapide au fond du vallon ou se brisant sur les rouages des usines.

C'était un soir paisible et doux, après une journée douloureuse. Charles sentait si bien que son père était avec Dieu, loin de toute souffrance et recueilli de devant le mal 1 Peu à peu, l'ombre remplaça la lumière au couchant, le jour baissa partout, l'air devint très vif.

— Retournons à la maison, dit Amy Lorand ; je ferai du thé ; vous en prendrez avec moi. Nous causerons ou lirons vers mon foyer, pendant que les jeunes gens de Croset s'amusent à leur manière. Quelle joie ce serait pour moi, si René partageait un jour nos sentiments! et je ne puis m'empêcher dépenser aussi que Rosette Pasche eût mieux fait de ne pas aller à la danse.

Charles n'ajouta rien sur ce sujet ; il descendit la colline avec Amy et passa le reste de la soirée avec lui, dans une intimité presque filiale.

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