CHAPITRE XIV
JMIAUYAISS LUNS
A la salle du bal, les jeunes gens étaient joyeux. Us se livraient au plaisir de la danse avec une sorte d'entrednement frénétique. La foule n'était pas considérable : une cinquantaine de personnes du village et quelques garçons et filles deslocalités voisines. Villioud se trouvait seul de son hameau assez éloigné. Il arriva de bonne heure chez les Belot, où Lothaire Pavait invité à souper. Jean- Jules JuUiard eut d'abord quelque peine à lui céder Cornélie pour les danses promises ; mais comme cela ne peut se refuser sans qu'il en résulte des animosités et que d'ailleurs c'était chose arrangée d'avance, il finit par y consentir sans se faire trop presser. Villioud pouvait aussi être une bonne pratique pour les vaches que Jean-Jules ou son père amèneraient plus tard de Fribourg ou des Ormonts. Donc,
HOSBTTE. il
il fallait bien se garder de Tempêcher de danser avec Cornélie Belot. Avec Rosette, René se montra parfaitement convenable; en général, il le fut avec tous dans le commencement de la soirée. On voyait qu'il cherchait à prendre position, ou plutôt à garder celle que lui faisait sa jeune maîtresse en Tacceptant pour son cavalier. Il la céda de bonne grâce à plus d'un qui voulait danser avec elle : à Villioud, à Lothaire, à Julliard qui paraissait y tenir beaucoup, à d'autres encore. Rosette causa un peu avec tous ces garçons et put se convaincre que René était pour le moins aussi intelligent, aussi bien doué qu'aucun d'eux; que même il s'exprimait mieux. Pour la figure et la tenue, René était sans contredit l'un des plus distingués. Une seule chose fut désagréable à Rosette ; c'était l'air assuré et familier de Jenny lorsqu'il dansait avec elle. On aurait pu penser que Jenny se considérait comme ayant un droit quelconque sur lui. C'est que, il faut le dire, le premier baiser que René lui avait pris au pressoir, pendant les vendanges, avait été suivi de plusieurs autres dans leurs causeries nocturnes. René ne pensait pas qu'il y eût là le moindre mal ; de telles marques d'amitié entre jeunes gens du même village ne tiraient pas, selon lui, à conséquence, et surtout pas avec Jenny Gottrau. Avec Rosette, c'eût été comme le gage d'une affection à la vie et à la mort. Avec Jenny, René pouvait bien rire et s'amuser, causer à la brune, l'embrasser, et cependant songer sérieusement à obtenir Rosette pour sa femme. Il y a des cœurs d'hommes faits comme cela ; il en est de plus