‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 8 sur 177 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

— C'est vrai qu'il n'est pas toujours de bonne humeur; mais c'est un excellent domestique, fidèle, dévoué à nos intérêts.

— Cela n'empêche pas que, tout à l'heure, je ne lui aie jeté un verre de moût en plein visage.

— Comment donc? fit la mère en posant son tricotage sur ses genoux et regardant sa fille.

— Oui; je supporte encore qu'il me tutoie, puisque nous avons été à l'école ensemble pendant quelque temps, et quoique cela me soit désagréable; mais je n'entends pas qu'il me prenne par la taille et veuille essayer de m'embrasser, quand je suis assez confiante pour aller de nuit au pressoir lui porter à boire et à manger.

— Il SI vraiment fait cela?

— Et sans vouloir me lâcher.

— Etienne était-il avec vous ?

■— Non ; il venait de sortir.

— Ah ! c'est ennuyeux. Mais ce n'était, de la part de René, qu'un simple badinage.

— Qu'il badine de cette manière avec d'autres filles, cela m'est égal. Avec moi, je ne le permettrai jamais, d'autant plus que, depuis quelque temps, il recherche toutes les occasions de me rencontrer seule.

— Vraiment, c'est bien ennuyeux 1 S'il faut le renvoyer, nous ne retrouverons jamais son pareil pour l'activité et l'intelligence.

— Oh que si ! j'ai voulu te dire cela tout de suite, afin que tu sois avertie, dans le cas où il viendrait se plaindre à toi, ou te proposer de quitter notre service.

— Quand son oncle vint nous voir Tannée dernière, continua la mère, il me recommanda beaucoup René, comme étant son plus proche parent, presque son fils.

— Oui, oui. Je comprends où l'oncle en voudrait venir plus tard. Mais comment serait-il possible de s'attacher de cœur à une mauvaise tête comme celle de René*? Un garçon qui s'emporte à propos de rien et qui n'a pas du tout le sentiment des convenances. S'il se mettait à sa place, il devrait me diret^otes. Mais ce n'est pas son tu qui me choque; c'est ce qu'il s'est permis il y a un moment.

— Tu lui as donc jeté du vin au visage ?

— Un plein verre.

— Et qu'a-t-il dit ?

— Rien ; il s'est essuyé, puis Etienne est rentré. Il faudra leur porter une seconde bouteille; tu iras, s'il te plaît, à ma place ; je ne retourne pas de nuit au pressoir.

La veuve soupira de nouveau, puis elle reprit son tricotage.

— Ah ! que c'est difficile à une femme de conduire un train de campagne ! dit-elle un instant après. La mort de ton père a bien été un double malheur pour moi.

Vers les neuf heures, la porte du pressoir s'ouvrit lentement, poussée par une main timide. C'était celle de Jenny Goltrau, sœur de l'ouvrier Etienne, une jolie blonde, au nez un peu en l'air.

— Etienne ! fit-elle.

— Entre, Jenny, lui dit René qui se tenait assis soli-

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