CHAPITRE PREMIER
taire dans un coin et fumait un bout de cigare ; ne laisse pas la porte ouverte ; il fait déjà froid dehors. La jeune fille entra et demanda où était son frère.
— n est allé chez vous dire qu'on ne l'attende pas ; nous veillons ensemble jusqu'à minuit. U aura pris un autre chemin que toi. Veux-tu goûter le moût? Dans ce moment il est beau clair et très doux.
— Merci ; je n'ai pas bien soif.
— Goûte-le toujours ; tiens, voilà un verre, mais rince-le.
Jenny accepta et but un demi-verre de vin nouveau.
René avait posé son cigare sur le bord du pressoir ; en reprenant le verre que Jenny lui tendait, il prit aussi sa main, lui passa un bras autour de la taille et l'embrassa sur la joue, avant que la jeune personne osât se défendre ou l'en empêcher. Toute rouge, elle quitta ce lieu en disant à René :
— Si j'avais su que vous étiez seul ici, je ne serais pas venue chercher mon frère. Vous direz à Etienne que nous mettrons la clef sur la fenêtre.
— Oui, va seulement; tu es bien gentille. J'irais t'accompagner, s'il y avait quelqu'un ici à ma place.
Par un beau clair de lune, Jenny retourna chez elle. Son frère n'y était pas ; il causait avec un garçon dans un coin de rue.
A minuit, la porte du pressoir était fermée; les deux fustes, pleines de vin, restaient à la garde de Dieu devant la maison. René se coucha et s'endormit à l'instant. Sa chambre était voisine de l'écurie. Trois heures après, il se levait, étrillait le cheval, buvait un petit
verre d'eau de cerise et mangeait un croûton de pain. Il attelait ensuite l'animal à l'un des chars, et ainsi, longtemps avant l'aube, il se mettait en route pour la ville de ***, afin d'arriver l'un des premiers à l'endroit où le vin devait être mesuré. La Imie allait disparaître à l'horizon quand il quitta le village. Bientôt le bruit des roues et le son des grelots se perdirent dans le lointain.