‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 80 sur 177 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Et ça va toujours bien, madame Pasche ? Il vous fait si bon voir !

— Je vous remercie. Chez vous aussi cela va bien?

— Oh ! oui, très bien, grâce au bon Dieu. J'ai donc pensé comme ça, madame Pasche, de vous faire une proposition. Je vous la fais le cœur sur la main, oui vraiment ; et si je ne vous en ai pas parlé plus tôt, c'est que j'attendais une occasion favorable. Aujourd'hui, comme je vous le dis, j'y ai beaucoup pensé depuis midi, et enfin, ce soir, je me suis décidé. Ce serait donc pour vous proposer une double alliance de famille. Vous savez que je suis dans une assez belle position; j'ai du bien de terre, de l'argent gagné et j'en gagne par mon commerce de bestiaux. Mon âls Jean- Jules, vous le connaissez ; un tant brave garçon, du plus charmant caractère, et qui est expert sur les vaches encore plus que moi. £h bien donc, ce serait pour vous proposer d'accorder votre fille à mon fils. Jean- Jules viendrait prendre en main les affaires et s'établir chez sa femme; et alors, ma bien chère madame Pasche, il vous faudrait consentir aussi à me rendre heureux en venant diriger mon ménage. Ma fille aînée, Louise-Anne, se mariera quand le moment sera venu ; la cadette suivra plus tard : vous voyez comme tout s'arrangerait au mieux pour nos deux familles. C'est du fond du cœur que je vous fais cette proposition, oui vraiment.

Tel fut le discours du père JuUiard. Quand il vendait ou achetait une vache, il en faisait déplus moelleux encore; les expressions de tendresse la plus vive ne

lui coûtaient aucun effort. Dans le cas présent, l'affaire était plus difficile et d'un genre absolument à part de ses opérations de commerce. La veuve répondit :

— Monsieur Julliard , je suis fort honorée , et ma fille le sera aussi , de votre proposition ; Rosette ré* pondra pour ce qui la concerne^. Quant à moi, je n'ai pas l'intention de me remarier , malgré tout ce que votre offre peut avoir d'agréable.

— Vous y réfléchirez , madame Pasche , vous y réfléchirez. Ne prenez pas une décision si prompte. Ce serait si pénible pour moi ! Si votre fille se marie, — et il est évident qu'elle ne restera pas dans le célibat, — si donc votre fille se marie, vous serez bien seule. La solitude n'est pas faite pour vous , chère madame Pasche. Et puis, souvent un gendre n'est pas très aimable , excepté mon Jean-Jules ; il peut avoir une mauvaise tête. Enfin, je crois que nous nous conviendrions très bien, les uns et les autres.

— C'est possible ; mais je ne puis vous donner une autre réponse.

— Vous réfléchirez, vous réfléchirez, j'en veux garder le bon espoir. Là-dessus , je vous souhaite une bonne nuit. S'il vous convenait d'échanger votre rouge tiquetée contre ma belle noire à plaques blanches, — la Rose , vous savez, — qui a le veau de huit jours, c'est à votre service. Je ne vous demanderais qu'un petit retour etne ferais cela que pour vous absolument.

— Merci ; j'en parlerai à ma fille ; mais je crois que nous avons assez de lait maintenant.

— C'est tout à votre service. A propos, ce jeune

Page 1